nEVUE DES LIVRES 507 le rang de Danton parmi les acteurs do la Révolution - un rang inférieur, à distance des trois grandes figures qui semblaient remplir à elles seules tout le xvmo siècle : Montesquieu, Voltaire et Rousseau. Diderot ne venait qu'aprôs ceux-111, confondu dans la pléiade, avec d'Alembert, Grimm, Helvétius, d'Holbach; se distinguant d'eux par un esprit alel'te, p1·imesautier, toujours prêt à la riposte, pétillant de mols et d'idées,qu'il semait en millionnaire prodigue et généreuxf maig sans ordre ni mesul'0, débraill6, un peu cynique, bohême. 11 était le Danton de la littérature ot de la philosophie, l'organisateur infatigable, soutenant à lui Eieul l'éc1·asant fardeau de !'Encyclopédie, qui eût pesé à vingt hommes de premier ordre; mais comme Danton, s'effaçant modestement derrière ses collaborateurs, dont il était l'àme, l'inspirateur, par qui brûlait chez tous le feu sacré. Gœthe ne s'y ôtait pas trompé (ni quelques-uns de ees contemporains, entre autres Rousseau, qui a écrit quelque part que Diderot était l' Aristote <leson temps). Les Allemands ont deviné Diderot avant nous et c'est à eux que nous devons le Neveu de Rameau, si platement caricaturé ensuite par Jules Janin. Auguste Comte devait remettre à sa place ce grand penseur et ce n'est qu'!l.p1'ès lui, qu'on est revenu de l'opinion légère professée sur le conteur aimable des Bijoux inàiscrets. On a commenc6 à s'apercevoir après lui qu'il y avait autre chose dans les œuvres de Diderot qu'un charme inimitable de stylo et une grâce tout attique, mais aussi un génie scientifique que sa hardiesse et sa pénétration font un précurseur de J"évolutionismc contemporain. La reconstitution de Diderot a été plus rapidement obtenue que celle de Danton. C'est que Diderot avait laissé une œuvre considérable, disparate dans ses éléments, il est vrai, mais qu'on pouvait rassembler sans trop d'efforts ; - en outre, sa mémoire n'était pas en butte aux outrages qui pesaient sur celle de Danton. Danton, au contraire, ne laissait derrière lui qu'uue vie privée sou1•- çonnée, une vie politique peu connue, suspecte, à raison des mœura et des basses infirmités que l'histoire lui prêtait. Grâce au D• Robinot, la légende faite autour de cette vie a étô démontée pièce pat· pièce; procédant par voie d'ôliminatic,n, il a, sui· docun:ents authentiques, relégué un par un, dans le domaine des fables1 tous los mensonges, toutes les accusations do vénalité. de légèreté politique et de cruauté personnelle accumulés sur sa mémoire. Ce travail considérable, exécuté avec la patience <l'un bénédictin et le dévouement d'un apôtre, a purifié et rendu à l"histoire, lavé de toutes les imputations, la vie privée et politique <leDanton. Cette première restitution fut l'objet d'un volume paru il y a déjtl de nombreuses années sous ce titre : Danton, mémoire sur sa vie privée. Cet acte de justice accompli, il restait à reconstituer le Danton politique, son rôle dans la Révolution, son action sur les événements, sa i1ituation en face de divers partis politiques ennemis qui, ne lui avaient ménagé, selon l'habitude, ni les imprécalions ni les accusations injustes. Cette tâche a été admirablemeut rempli, dans des ouvrages successifs, intitulés : Le proces des Dantonistes, d'après des documents officiels (in-8° de 600 pages) et Danton émigré (in-18 de 300 pages). Ces deux derniers volumes sont exclusivement consac1·és à l'œuvre politique de Danton, qui nous apparait comme la cheville ouvriére de presque tous les événem1ints, de 1792 à sa mort. Politique, gue1·res, finances, justice, relations extérieures, organisation intérieure, sa haute compétence s'exerce sui· toutes les choses à la fois. D'autres parlent, écrivent, lui agit. Pas un discours inutile, des phrases brèves, impératives, tranchant sur la réthorique ampoulée dl:l l'époque; des indications précises, lumineuses, répondant à une nécessité pressante, organisant un service, traitant d'une mesure urgente à prendre, d'une orientation politique nouvelle à
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