506 LA REVUE SOCIALISTE irrands historiens révolutionnaires tels que Michelet, Louis Blanc, etc., comme ;yant déjà vieilli. Au contraire. Ces écrivains étaient doués d'une qualité supérieure capable de suppléer à toutes les lacunes de détail, et c'est ce qui rend leur histoire toujours jeune : je .,-eux parler du sens de la Révolution, qu'ils possédaient à un haut degré. Depui~ qu'ils ont écrit leur œuvre, cependant, une foule de faits nouveaux sont venus infirmer tel de leur jugement sur un homme ou un évènement, et il en est qui nécessitent certainement une révision historique. Tel est, par exemple le jugement porté sur Danton, dont la figure politique nous a été transmise absolument travestie <lela meilleure foi du monde par tous les historiens. Les nombreux matériaux accumulés seront donc précieux, quand un ~crivain de l'envergure de pensée et de la puissancee de style des écrivains de la génération dernière les rassemblera pour une histoire générale ; et, à ce sujet, on ne ~aurait trop féliciter les initiateurs de ce mouvement, au premier rang desquels on peut citer M'.' Robinet. Le Dr Robinet, en effet, a été un des parrains de la nouvelle littérature historique révolutionnaire. Mais ses recherches, quoique bornées en apparenco à la réhabilitation de Danton, ont une portée plus haute qne la glorification, si louable soit-elle, d'un grand calomnié. C'est. en penseur, autant qu'en monographc, qu'il a exploré le vaste champ de la Révolution, à la suite de son héros, et ses trois volumes sur Danton lui assurent une place importante parmi les écrivains contemporains qui ont le mieux compris la· Révolution. Avec une modestie à laquelle on ne saurait trnp rendre hommage, il s'est complu dans le rôle dP, monographe où il a dépensé des trésors de labeur et de dévouement pour reconstituer la grande figure de Danton. Il a du moins la satisfaction d'avoir atteint sou but, car M. Taine pourra refaire à son gré la physiologie du tempérament du grand conventionnel,pour expliquer ses emportements colériques, ses ivresses sanguinaires, le Danton de M. Robinet est le Danton d6finitif - celui de l'Histoi1·e. C'est un Danton nouveau, reconstruit de toute pièce, car aucun de nos grands historiens nationaux n'a p1·ésent6 cette mâle figure dans son intégrité. Tous, même ceux qu'une sympathie secrète attirait vers lui, se sont fait les échos d'une foule d'accusations personnelles, de récits fantaisistos sur sa vie privée, passés à l'état de menus potins authentiqumi qui, en la défigurant altéraient complètement sa vie politique. Ainsi, chez tous, Danton apparaît imr la scène de la' Révolution sous les trnits d'un agitateut· populaire à la voix entraînante, dont le geste puissant et les colères emportées électrisent les masses. C'est une sorte de Mirabeau inférieur, un Mirabeau de carrefour à qui manquent les connaissances encyclopédiques et les grandes vues politiques de l'autre. Comme l'autre, c'est un tempérament ardent que brûlent des désirs ,toujoms inassouvis, une soif inextinguible de jouissances, partagé entre le Démon de la Révolution et ses besoins qui l'enchaînent, l'amollissent et font de lui une proie facile des maquignons de conscience. Auguste Comte, le premier, sans documents ni recherches de nature à dissiper les préventions universelles qui pesaient de son temps sur la mémoire de Danton, réhabilita son caractère politique. Il vit on lui autre chose qu'un président de club, qu'un Gonchon; - un homme aux vues politi<]_uesélevl!es, versé dans la science des affairas, doué de cet esprit de décision pratique, de jugement sù1·et rapide qui voit tout de suite les nécessités immPrliates d'une situation, en un mot les qualités ùe l'llomme d'Etat, et pour tout dire, - un héritie1· direct de Diderot. Ce sera l'une des g1oires d'Augusta Comte, d'avoir révélé Diderot et Danton 11u x1x0 siècle. Jusqu'à lui, Diderot occupait, parmi les penseurs de son époque
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