REVUE DES L~VRES 505 REVUE DES LlVRES Danton, homme d'Etat, par le D• Robinet, 1 vol. grand in-8° compact, avec portrait. - Prix 10 fr., Charavay éditeur. A mesure que le Temps, ce grand justicier <leshommes et des choses, recule dans le lointain du passé le grand drame révolutionnaire dont les lignes grandioses se dessinent plus harmonieuses dans la perspective de l'éloignement, la figure de Danton se dégage de sa légende primitive et le conventionnel reprend sa véritable place, au premier rang, parmi les acteul's héroïques de 'cette inimitable épopée. Ce n'est pas que les arpenteurs et les géomètres impitoyables de cet immense champ de récolte sociale aient renoncé à leur monotone et stérile travail d'analyse et de mesure microscopiques; l'école di le réaliste, inaugurée par Taine et les Goncourt, continue son œuvre de patientes et minutieuses investigations, rama~sant pêle-mêle les scories, les plâtras, les débris de matériaux, pire encore, dont les maçons du grand Temple 1·évolutionnaire ont laissé le sol jonché. Avec ces déchets, ils prétendent édifier à leur tour une Révolution nouvelle, monstrueuse, informe, peuplée de gnômes, de pieds bots, de :figures g1·imaçantes et abjectes, sorte de pandemonium d'hystériques tout à fait dans le goût scatologique des raffinés du jour. Mais si ces mystificateurs sentencieux, fumistes à formules, ont pu un instant surprendre la foule attirée par la nouveauté du spectacle qui lui était offert, le flot des curieux n'a pas tardé à s'écouler et à cette heure, nos historiens documentaires, leur stock d'ordure épuisé,sont à la veille de quitter la parade, faute de pièces anatomiques nouvelles à exhiber dans leurs musées.Et tandis que ces ent1·epreneurs de scandales historiques voient diminuer le nombre de leurs clients, lassés ou blasés sur les tableaux vivants offerts à la curiosité malsaine d'un public spécial, la masse, le peuple revient à la contemplation admirative du chef-d'œuvre serein, qui se profile sous le ciel clair, dans sa majestueuse grandeur, avec ses lignes sévères, ses groupes de héros et de demi-dieux au masque tragique adouci et humanisé. Depuis une dizaine d'années, en effet, l'attention des chercheurs et des lettrés s'est reportée à nouveau sur la Révolution française et ce mouvement d'études s'est produit, précisément, au lendemain des effo1·tstentés par l'école dite réaliste pour ramener ce grand évènement universel aux proportions mes; quines d'une fièvre chaude qui se serait emparée tout à coup d'une partie de la nat10n française, devenue la proie d'une tourbe de fous et de sclélérats. Sans s'en douter, nombre de ces ti-availleurs de bonne volonté ont peut-être subi l'influence délétère de la méthode historique qu'ils combattaient. Possédés du souci d'être exacts, ils ont pris quelquefois la minutie pour 1'"3xactitudeet même il leur est anivé de gfossir démesurément certain détail, au point de l'isoler de l'ensemble et de renverser ainsi ·toute proportion. Mais c'est là l'écueil inévitable de tout travail préliminaire de reconstitution historique. Car la plupart des études favorables à la Révolution, publiées au cours de ces dernières années, rentrent dans cette catégorie de travaux préliminaires, dont la masse permettra un jour de constituer une synthèse, sinon définitive, au moins durable. Non que je sois de ceux qui considèrent nos
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