LA REVUE SOCIALISTE être le maître de sa personne »; et de celle-ci d'Emile Accollas : c< Il faut élever l'idée du mariage et définir la vie mise en commun : la Yie dans laquelle un homme et une femme unissent toute la ·sensibilité, toute la raison, toute la volonté dont ils sont doués, afin de se développer l'un par l'autre en s'appuyant l'un sur l'autre». La véritable doctrine du mariage est celle qui consacre l'indépendance des associés dans l'association, celle qui substitue l'amour et la liberté a l'autorité aveugle et malsaine, a la prédominance des intérêts. Aussi n'y aurait-il qu'a revenir purement et simplement à ces quatre articles du Code de la Convention : « Les époux règlent librement les conditions de leur union. » « Les époux exercent un droit égal pour l'administration de leurs biens. n « Le divorce a lieu par le consentement mutuel ou pai· la volonté d'un seul ». ccLaloi défend de stipuler toute restriction a la faculté dedivorce». La grande question du vote politique des femmes ne figurait pas plus a l'orrlre du jour des congrès de 1889, qu'a celui de 1878; elle n'a fait l'objet d'aucune résolution. En théorie, les femmes doiYent avoir évidemment ni plus ni moins de droit~ que l'homme, tout en ayant des obligations et des devoirs différents. Dans l'antiquité, le seul jurisconsulte romain Gaïus avouait que le motif de l'incapacité traditioni:i.elledes femmes n'était pas sérieux. Le Yieux Guillaume Postel proclamait la nécessité de leur émancipation,en 1553, à Paris, en 1555a Venise, en 1556,a Padoue.Il aYait sa femme libre a lui qui s'ap12elait et la mère Jeanne », et cela 280 ans ayant Saint-Simon. En 1509, Corneille Agrippa aYaitpublié son traité « de l'Excellence des femmes au-dessus des hommes ». Mlle de Gournay, l'amie de Montaigne réclamait simplement l'égalité. Plus tard, nous avons les forts topiques Déclarations et Requêtes des femmes de la Révolution; puis pour ne citer que les plus célèbres, les écrits de Condorcet et de Stuart Mill. Ce dernier, qui est devenu la plus grande autorité de la doctrine d'émancipation, a cédé peut-être au souvenir de son bonheur d'époux. Ne nous a-t-il pas dit que son liYre sur la liberté, c'est sa femme qui l'a pensé, qui l'a écrit avec lui, et qu'il ne l'eût pas fait sans elle? Mais, ne l'oublions pas, il mettait, comme condition au juste affranchissement de la femme, une autre éducation. qui ferait d'elle une autre personne. En pratique l'insuffisance actuelle de son instruction civique et des préjugés encore trop enracinés ne permettent donc pas cette réforme politique dans son propre intérêt. A l'heure présente elle sombrerait sous le ridicule et risquerait d'entraîner avec elle la chute de la République. Le cerveau de la femme est encore trop clérical, et la réforme est loin rl'être assez mûre. Raison de plus pour la prèparei-, en proclamant llèsmaintenant,avec une certaine émancipation de la femme mariée, l'égalité civile et commerciale absolue, sans oublier que l'égalité même politique est le but lointain, l'idéal à at.tein<lre.
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