472 LA IIEVUE SOCIALISTJ<: les mains habiles et secourables, l"s cœurs compati!1sants de ces femmes de France qui, ne sachan1 pas si elles pourraient empêcher les plaies d'être faites, se préparent au moins à les panser et à les guérir? Non, non, jamais vous ne nous direz de ne plus sécher de larmes, de ne plus consoler les cœurs affligés, de ne pas relever les blessés du combat pour la vie; et je l'affirme à l'honneur de ce pays, jamais les Françaises n'ont failli à ces devoi1·s et jamais un Fra!lçais, fût-il le p.Jus railleur et le plus sceptique des hommes, n'a manqué de s'incliner avec respect devant ces nobles femmes qui, sous des costumes variés et au nom de religions diverses, incarnent en elles le seul principe assez puissant pour assurnr le progl'ès social, l'amour de l'humanité. Oui, à toutes les époques et sous tous les gouvernements, il s'est fait beaucoup de bien en France. Mais aujourd'hui un fait nouveau se produit. La République française de 1889, et ce se1·ason éternel honn1rnr, a compris qu'elle devait à la femme quelque chose de plus qu'une silencieuse admiration ou que de discrets encouragements. A une époque où l'idée du droit aussi bien que le souffle de liberté qui a passé sur le monde ne pe1·mettent pas de porter atteinte à la liberté individuelle, les gouvernements n'ayant plus le pouvoir de réprimer tout le mal qui se commet, ont le devoi1·d'encourager publiquement tout le bien qui se fait. C'est à ce sentiment, je pense, qu'a obéi la Commission supérieurn des Congrès, lorsqu'elle a. donné une place aux œuvres et aux institutions féminines ... Après avoir réfuté en passant quelques observations sans valeur, l'éloquente conférencière ajoute : Mais laissons-là ces objections qui tomberont d'elles-mêmes avec le temps et une éducation -plus saine donnée aux femmes. Ce qui nous importe, à nous qui sommes ici, c'est de savoir ce que nous allons répondre à cet appel que l'humanité nous adresse par la voix de la France. Messieurs, nous répondrons d'abo1·d en exposant devant vous les œuvres et les institutioos par lesquelle~ nous tentons d'améliorer le sort des masses. Et nous vous dirons cela modestement, dachant bien que chacune de nos tentatives n'est qu'une goutte d'eau douce qui tombe dans l'océan amer de la douleur humaine. Mais cette réponse ne suffit pas. Puisque notre programme indique les points sur lesquels des réformes pourraient être faites en vue d'un avenir meilleur, nous dirons franchement, au Gouvernement qui nous a conviés à ce Coogrès et aux hommes éminents qui nous accorJeut la protection de leur nom, quelles sont les observ~t.ions que nous avons faites au cours de notre activité pratique. Et nous vo•.1,d; emau<lerons, M~ssieurs, puisque c'est vous qni faites les lois, de modifier celles qui sont. injustes pour la femme, parce qu'elles font peser sur elle une tyrannie brutale en négligeant <lela protéger· dans la lutte pour la vie. Cette réponse, nous avons bien le droit de la faire, n'est-ce pas 1 Car si nous devions user nos forces, notre temps, notre vie pour arracher une à une ces pauv1·es victimes à la misère, à l'ignorance ou aux injustices sociales ... en nous disant que jamais, de par la loi, rien ne sera changé dans leur situation, le courage nous ferait dêfaut à l'avance, E:t laissant tomber nos bras avec désespoir, nous crierions au monde, comme Faust à Méphistophélès : « Horreur, horreur inexplicable à toute âme humaine, que plus d'une créature ait )
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