La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA RÉVISION RATIONNELLE 461 faits de la liberté et a les apprécier, n'est plus exposé à y renoncer bénévolement, et que par suite, l'exercice par le peuple de la décision en référendum échappe en Suisse a son plus graye danger. Mais quoique le peuple Suisse passe pour être plus instruit que le nôtre, je doute qu'il soit capable de toujours bien comprendre et apprécier dans leurs conséquences les demandes qui peuvent lui être soumises, j'oserai même dire que cela n'est pas possible eu égard à la dose restreinte d'instruction qui reçoit le peuple. Quant à notre suffrage universel, la réponse comporte beaucoup moins d'hésitation, les faits nom montrent clairement son incapacité quant à présent de remplir convenablement la fonction de juge en ces matières à la fois si complexes, souvent si difficiles et toujours si graves dans leurs circonstances. La survivance dans le peuple d'un grand nombre de monarchistes et de bonapartistes, malgré l'immense intérêt qu'il a au progrès de la République, l'élection de deux cents députés monarchistes en · 1885, l'engoument. boulangiste en 1888et en 1889 et l'emballement du peuple à faire l'abandon de toutes ses libertés au bon plaisir d'un sauveur, tous ces faits montrent clair comme le jour : Que le peuple en France a peu appris depuis 1848 où il s'est empressé de redemander un maître en donnant ses voix à Louis Napoléon; Qu'il est toujours en grande partie aveuglé par le prestige monarchique, qu'il ne comprend que les gouvernements par la force et pas encore les gouvernements par la discussion et le libre consentement; que par suite, avec l'exercice plein et direct duréférendum il serait pendant longtemps toujours exposé à se redonner un maître et à renoncer à toutes les libertés acquises; Enfin que, quand il est mécontent, il est incapable de discerner les causes de son mécontentement et les moyens d'y remédier ; qu'au lieu de raisonner il s'emballe et que comme Oalino, qu_ise jette à l'eau pour ne pas se mouiller, il est toujours prêt à se donner un maître pour pouvoir mieux faire ses volontés. Bref, les dangers de la remise au suffrag13universel de la décision en référendum, de l'admission ou du rejet des pétitions, me s_emblentsi grands, que pour jouir sans péril des avantages de cette excellente institution il me paraît. indispensable de confier cette décision à une autorité plus capable de la prononcer en pleine connaissance et maturité, par exemple .à une assemblée élue à cet effet. - Et comment procéderait-on pour cela suivant toi, Louis? - Au lieu de voter par oui ou par non,sur l'admission ou le rejet de la pétition, le suffrage universel élirait une assemblée de cent memb,r~ au plus, et même d'environ cinquante membres seulement

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