La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA RÉVISION RATIONNELLE 459 les capacités nécessaires pour bien diriger le service qm leur est confié. - Et comment y remédier? - Par une réforme très simple, en séparant l'exécutif du législatif, en ôtant aux ministres le droit de paraître dans les Chambres, d'y proposer, d'y soutenir ou d'y repousser des lois. Dès lors ils deyiendront libres de s'appliquer entièrement a la direction de leur ministère et ils pourront être choisis parmi les fonctionnaires spéciaux les plus capables en chaque ministère. - C'est parfaitement juste, Charles. Lorsqu'on y réfléchit, ce que l'organisation actuelle exige de nos ministres est véritablement insensé. Faire préparer les projets de lois, les discuter dans les commissions, les soutenir et les combattre dans les Chambres; pourvoir aux nominations et aux révocations dans un personnel innombrable disséminé sur tout le territoire; donner audience a des solliciteurs également sans nombre et en compétition les uns avec les autres; répondre aux attaques de la presse, inspirer les journaux a la solde du gouvernement; inaugurer toutes les statues, tous les grands·travaux, présider les fêtes, les babquets, et y faire des discours sur tous les point.s de la France : Demander tout cela a un homme et à un homme qui n'est jamais sùr du lendemain, c'est, je le répète, absolument insensé, et bien certainement après avoir assuré l'existence des ministères, débarraser les ministres de toute participation a la confection des lois est une mesure absolument indispensable a la bonne organisation et au plein exercice dfl l'exécutif. Et avec cette deuxième réforme, tout marchera-t-il bien dans notre gouvernement? - Pas encore, Louis, deux grandes améliorations seront réalisées, mais il y en a d'autres qui sont également indispensables. - Montre-moi cela. § 3. - Attribution à la nation du pouvoir suprême constituant et législatif. - Suivant la constitution de 1875 qui nous régit, Louis, les Chambres seules ont le droit de faire les lois et la constitution, elles peuvent imposer à la nation telles lois, telles dispositions constitutionnelles qu'il leur convient, et elles peuvent refuser à la nation toute loi et toute disposition constitutionnelle qu'il ne leur plaît pas de lui accorder. Je n'ai pas besoin de te faire observer qu'avec une pareille constitution la souveraineté nationale est- complètement annulée, escamotée, et que la nation est entièrement sous la domination des Chambres qui pourraient demain-lui imposer un roi ou un empereur

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