La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

BEfiNARDINO. RIVADAVIA 451 d'autant plus redoutable, que sa propension 'Yl.atuf"ellest de s'emparer des sources de la richesse du pays, tout en continuantà vivre au seîn de l'oisiveté et de la corruption.» Le Messager argentin n'était pas moins explicite dans l'énumération -desavantages de l'emphytéose rivadavienne. « Parmi les divers systèmes que l'on connaît pour l'exploitation des terres, disait-il encore, il n'en est pas qui offrent les qualités, qui réunissent les avantages du contrat emphytéotique tel qu'il est adopté par la loi qui nous occupe. Ce contrat fait jouir l'habitant (pollader) de tout le domaine utile du terrain, tandis que le propriétaire, qui est la Société, jouit aussi d'une rente assurée qui représente le domaine direct. Il donne à l'habitant toutes les garanties et toutes les sécurités qui lui permettent de confier à la terre le fruit de ses travaux, d'y attacher sa fortune et de la transmettre à ses descendants, tandis que le propriétaire perçoit l'intérêt correspondant à la Juste valeur de la terre qui a aidé à la production des fruits recueilli:,;par ! 'habitant. Ce contrat fait aussi que l'homme se fixe d'une manière permanente, il oblige à renoncer à ce funeste système d'agiotage, à cet esprit d'activité mercantile, à cette agitation indigne d'une classe qui doit observer une morale rigide et observer les mœurs simples et le caractère propre à l'industrie qu'elle exerce. ,. Un publiciste que M. Peyret cite souvent, le docteur André Lamas, un des écrivains distingués de La Plata,est fort partisan aussi du système agraire de Rivadavia et il s'efforce d'en faire ressortir les avantages. La terre, dit-il en substance, est le premier instrument naturel du travail humain; l'État en l'abandonnant à l'appropriation individuelle, subordonne à l'avarice et à l'ignorance des particuliers les nécessités et les convenances sociales. Or, si cette subordination arrête le progrès et contrarie le bien général ; si elle ai-rive à troubler tout l'organisme social, l'État se tPOuve légalement désarmé pour faire le bien et réprimer le mal. Voilà l'image fidèle de ce qui se passe en Europe; le docteur Lamas s'empresse d'en faire la remarque en insistant sur la situation agraire de la Russie et de l'Irlande. Passant à notre pays,il dit avec raison: <t Le jour n'est pas éloigné peut-être où la France regrettera l'infériorité agricole à laquelle elle est condamnée par le fonc~. tionnement de sa propriété territoriale. Comment s'y prendra-t-elle alors, pour refaire, sans entrer en lutte avec les droits de propriété privée de la terre, les grandes étendues qu'exigent les grandes culture::;reconnue8 actuellement les plus avantageuses et le:,;plus productives pour h:s progrès et les applications de la mécanique? »

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