BEHNARDINO RIVADAVIA 449 canon des terrains, on occupera dès aujourd'hui d'immenses étendues sans que la loi ni l'autorité aient le pouvoir de l'empêcher: parce qu'il se présentera une personne demandant de grandes étendues pour elle, et qu'elle en fera demander par seconde et tierce personne, de manière a accaparer des propriétés considérables, qui resteront pour la plupart incultes. Au contraire, de la manière indiquée par le projet,qui est-ce qui voudra payer autant pour un terrain qu'il doit garder inculte? Personne. Par conséquent, on voit que si aujourd'hui le canon est extraordinairement modéré, les terrains tombent dans un petit nombre de mains. C'est clans cette préYision qu'il s'est formé a Buenos-Ayres une société des premiers capitalistes pour demander tous les terrains de propriété publique Jusqu'à la frontière, car ils comptaient que la législature proùnciale ne mettrait qu'un canon très modéré, que l'emphytéose serait perpétuelle et ils se préparaient à faire une :;rande affaire. à entreprendre des spéculations au grand préjudice de l'État. Mais adoptez notre projet de loi, et vous verrez disparaître cet inconvénient. > Le ministre Agüero défendit avec non moins de vigueur la1 loi nouvelle en faisant une critique serrée de l'aliénation absolue. « Si l'État, disait-il, met en vente les terrains du domaine public, non seulement il doit les aliéner à un prix qui sera double en quatre ou six ans, mais encore il mettra aux mains d'une douzaine de spéculateurs le sort des immigrants qui nous viendront pour se livrer à l'agriculture. Cesquelques spéculateurs absorberont tous les avantages qui appartiennent à l'État. Les immigrants n'auront dès lors que deux alternatives, ou bien ils deviendront les exploités à discrétion des spéculateurs, ou bien ils denont sacrifier tous leurs capitaux à l'achat de terres majorées et rien ne restera pour le faire valoir. « Il y aurait un troisième terme, les terres restant incultes. Vous voyez bien que l'emphytéose est de nécessité publique. ,. Le sagace collaborateur de Rivadavia insista surtout devant le Parlement argentin sur le danger de la spéculation des terrains qui, lors de la funeste aliénation des biens nationaux par la Convention, en cela bien au-dessous de sa tâche, avaient eu de si lamentables résultats en France. « Dans l'ancien système, disait-il, ;vous seriez toujours la proie d'avides spéculateurs, car faute de capitaux suffisants les acheteurs de terres se formeraient en compagnies monopolisatrices succédant à l'État comme propriétaires et créeraie•nt de cette manière le système des fiefs et des majorats. ,, Quelle prévoyance! le ministre collectiviste continuait: « Il n'en est pas des terres comme des autres marchandises dont la qualité augmente toujours en raison de la demande i et comme la - 29
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