BERNAkDINO I\IVADAVIA 445 de son pays, il créa l'élevage des moutons qui devait faire la force de la naissante République. Dans l'administration proprement dite, RivadaYia ne se montra pas moins remarquable, il fut le véritable créateur de l'État argentin, au point que l'on peut dire que la plupart des institutions politiques qui régissent encore la grande république sud-américaine lui sont dues. C'est la déjà. une gloire non dédaignable; ce n'est pas la seule qui auréole son nom, car, nous l'avons Yu, RivadaYia visa plus haut, il visa a une nouvelle organisation propriétaire plus en rapport avec les idées modernes que la vieille forme individualiste rendue ~i dure et si antisociale par le droit romain, survivant a la civilisat.ionpillarde et cruelle dont il fut l'âme. Il faut, disait le clairvoyant homme d'État, il faut combattre cet individualisme propriétaire outré que les conquérants européens - qui n'ont pas su secouer les lourdes et funestes lisières de l'âpre· propriétariat romain - veulent imposer a l'Amérique. Cette rétrograde législation propriétaire agit de telle sorte que la terre, propriété naturelle de tous, derient la propriété individuelle et perpèpétuelle d'un petit nombre de favorisés de la fortune qui s'enrichissent de la misère laborieuse du·plus grand nombre. AYec un pareil système, pas de libeeté effective, les peuples tombent vite dans la dépendance des gros propriétaires terriens qui se hâtent de légaliser leurs déprédations et deviennent bientôt les dispensateurs du travail, c'est-a-dire de la Yie des citoyens obligés de subir les conditions que leur imposent l'égoïsme et la rapacité des riches. . Ainsi argumentait, avec une singulière pénétration des choses économiques, Bernardino Rivadavia. Pour éviter un tel fléau social a son pays, il pensa d'abord, en imitation évidente de l'égalitarisme de quelques chefs de la Révolution française, et notamment de Saint-Just., a universaliser la propriété individuelle. Dans ce but, il rendit, le 4 septembre 1812, un décret ordonnant de dresser le plan topographique de la province de Buenos-Ayres, afin de pouvoir, conformément a la justice, distribuer aux citoyens dépourvus des lots d'estancias (domaines pour l'élevage du bétail) et de chacias (domaines de culture agricole), d'après des proportions voulues, et dans la mesure des ressources communes. Cette initiative n'eut pas de suite, RivaJavia ayant dû quitter le pouvoir. Le novateur n'en resta pas moins à la disposition de son pays. Après la chute de Napoléon, c'est lui qui fut délégué par ses compa• triotes pour négocier, auprès de l'imbécile Ferdinand VII et du
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