444 LA REVUE SOCIALISTE ' Quand il s'agit de recourir, pour sauver leurs privilèges menacés, à la tyrannie et même a la domination étrangère, les classes privilégiées n'ont jamais hésité, toute l'histoire humaine est là pour en témoigner. Les conservateurs argentins, citoyens <le la veille, ne youlurent pas faire exception. Rivadavia fut renversé sous pretex.te d'unitarisme et La Plata fut jetée, elle aussi, dans la vieille ornière des guerres civiles et des antagonismes sociaux qui sont le lot peu enYiable du Vieux Monde. Nous donnerons dans les lignes suivantes une esquisse rapide de la vie et des projets du premier réformateur collectiviste des temps modernes. I Bernardino Rivadavia naquit en 1780 à Buenos-Ayres; il fut un de ces jeunes hommes que visita la pensée émancipatrice de notre dix-huitième siècle; aussi fut-il de ceux. qui acceptèrent avec enthousiasme les principes politiques de la Révolution française. Très naturellement, étant donné un tel homme, les actes devaient être la traduction de la pensée : Rivadavia fut l'un des plus énergiques champions de la Révolution de 1810, pour l'indépendance de 1 ·Amérique du Sud, et l'inspirateur principal du premier gouvernement national. Homme de son pays en même temps qu'homme de son siècle, Rivadavia mit les questions agraires au premier plan de ses préoccupations. Admirateur ardent, nous l'avons dit, du dix-huitième siècle, dont il propagea avec un zèle juvénile les idées philosophiques et politiques dans La Plata, le jeune Argentin fut plus conséquent que ses maîtres, en ce que, mieux qu'eux., il comprit que l'émancipation civile et économique doit, pour être durable, avoir des fondements économiques, ou, comme nous disons maintenant, socialistes. De l'Europe qu'il avait visitée deux fois et où il était en relations, notamment avec Destutt de Tracy, Jérémie, Bentham, Rivadavia avait amené, dit M. Peyret ll), une série d'hommes remarquables, des professeurs, des ingénieurs, des publicistes, il mit tous ces hommes à même de travailler efficacement au développement moral et politique du nouvel État. Le vaillant réformateur ne s'en tint pas là; il encouragea de toute manière l'immigration et la colonisation. Habile à discerner les véritables sources de richesses (1) M. Peyret, proscrit français de 1851, depuis celte époque professeur estimé à Buenos-Ayres, a été le premier à faire connaître Rivadavia aux Européens. Nous lui emprunto'ns beaucoup dans ces lignes.
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