La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

DES SERVICES PUBLICS 437 médiaires de tout rang (grands négociants, marchands, détaillants, courtiers, etc.) qui renchérissent a l'envi le prix. des objets de consommation.,accaparéments, disettes factices, fraudes et sophistications, etc. C"estvers un semblable procédé de distribution des produits que paraissent tendre dès aujourd'hui déjà les sociétés coopératives rle consommation, surtout dans les pays où, comme en Angleterre, elles ont établi une entente avec les associations de production, entretiennent avec ces dernières des relations constantes et se réunissent avec elles en un Congrès annuel. Ce procédé de distribution n'est déja plus le commerce anarchique d'aujourd'hui, l'échange purement individu~}, mais c'est touj'ours l'échange. Cependant, on peut se figurer une autre forme de la distribution, moins échangiste, plus communiste, et où le service de la distribution, au lieu d'être synonyme de commerce ou d'échange, consisterait réellement dans l'acte de disfribuer. Certaines sociétés de consommation, au lieu de vendre à leurs membres les produits acquis collectivement, les distribue·nt entre leurs membres, soit au prorata des têtes que compte chaque famille, soit mieux au prorata des besoins déclarés par chaque membre. Peut-être bien cette forme de distribution aura-t-etle la première place dans l'avenir; peut-être bien la commune, au lieu de vendre aux consommateurs, d'échanger certains produits, sera-t-elle chargée de les distribuer (en prenant le mot au pied de la lettre). L'échange, en effet, n'est qu'un mode de distribution et non la distribution elle-même. Pour les.objets de première nécessité. dont toutes les familles font usage, le commerce, c'est-à-dire l'échange proprement dit (ce phénomène que les économistes considèrent presque comme le fondement de toute vie économique) pourrait fort bien, sinon disparaître, du moins devenir secondaire. Déjà de nos jours, là où la commune a cru devoir elle-même se charger de procurer certains produits, c'est sous forme de distribution réelle, plutôt que sous forme de vente et achat, qu'elle s'acquitte de ces fonctions; nous citerons comme exemple la distribution des eaux par la commune, distribution qui dans beaucoup de villes est venue remplacer le commerce du porteur d'eau; nous citerons encore, dans quelques villes et seulement par abonnement, la distribution du gaz d'éclairage, des places au théâtre, etc., mais rien n'empêcherait de considérer tous les membres de la commune comme abonnés. Si l'on étend aux produits d'utilité générale et de première nécessité' (le pain, la viandE>,etc.), ce qui se fait déjà pour la distribution d'eau, l'on arrive nécessairement à la substitution de la distribution à l'échange; et le commerce proprement dit, la vente et l'achat, ne continuent à exister

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