430 LA HEVUE SOCIALISTE métiers différents, et qu'ainsi le groupement par corporation de métiers ne serait plus aussi net, aussi tranché qu'actuellement. Mais ce n'est pas tout. La division du tca;rnil tend à s'établir de plus en plus, à gagner même les industries qui, jusqu'à présent, ont conservé les formes les plus primitiYes. Or, comme l'avaient déjà remarqué J.-B. Say, Sismonùi, Lemontey et avant eux Adam Ferguson, l'extrême division du tr,wail, tout en ayant ile grands avantages, a aussi de bien grayes incon,énients : n'exigeant plus du travailleur qu'une minime parcelle de la confection totale du produit, qu'une opération tonjom·s la même et qui ne met en mouvement qu'une seule partie <lu co1·psou r1u'une seule faculté intellectuelle, elle a pour conséquC'ncede troubler l'équilibre <lel'organisme et d'enfanter des maladies, en même temps qu'elle conduit le travailleur parcellait'e à l'abèti~sement. Heureusement, comme le fait remarquer un économiste russe du plus grancl mérite et trop peu connu en dehors de son pays, la rliYisiondu travail fournit ellemême son correctif: " La division du traYail est indispensable, dit M. Tchernychewsky, c'est juste; mais s'ensuit-il qu'il est indispensable à un ouvrier de s'occuper, toute la journée, toute la vie, à la fonction d'une certaine opération, d'une certaine parcelle de la production?. Le principe de la diYision du travail ne suppose rien de semblable. Au contraire, il de,ient d'autant plus facile à l'homme de s'occuper alte1·naLiYementcl'une mult.itude d'opérations diverses. Il n'est pas facile pour un homme d'être à la fois bon tailleur et bon bottier, parce que dans ces p1·ofessions la di-vision du traYail est encore très faible (1), et la série d'opérations qu'y doit accomplir nécessairement un seul et même ouyrie1· est tl'ès compliquée; de sorte que bien apprendre ces métiers-là est chose très longue et difficile. Mais jetons les yeux sur l'exemple tju'Adam Smith nous donne, sur la production des épin~les. Tel oun·ic1· tire du fil d'archal, tel autre C'nredresse, un troisième en cou1)e. Ne yoyez-Yous pa~ que la fonction de chacun d'eux peut être appri:-;eet comprise à fond en peu de temps! On ne peut se faire fol't que l'homme le plus capable puisse, en six mois, app1·endre le métier de bottier; mais tirer du fil d'archal, chacun peut l'app1·cndre en cinq minutes - toute la diHlculté y consiste à tenir les pinces <lesdeux mains et à les tirer Yeessoi. Et couper le fil d'archal, est-ce plus difficile? Mais les ciseaux sont faits de telle manière que le fil d'archal se divise de lui-même en pièces ayant la longueur voulue; il suffit de tenir le (1) Il n'en est plus ainsi aujourd'hui pour la fabrication des souliers. Depuis l'époque oü Tchernycbcwski écrivait ces lignes,la division du travail et le machinisme ont fait de grands pas dans cette industrie. Dans les gr11ndes fabriques de chaussures on a divisé la façon d'un soulier en 64 parties exécutées par des travailleurs· successifs.
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