La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

428 LA REVUF; SOCIALISTE geoise; en présence de la banqueroute Yers laquelle marchent plus ou moins tous les Etats bourgeois; en présence des impatiences légitimes des ouvriers des grandes villes, des grands centres industriels, qui ont trop soif de justice pour attendre que tout le prolétariat soit arrivé à leur niveau intellectuel par la marche lente des choses ; en présence de la ligne politique suivie par la classe ouvrière desgrands pays, notamment de l'Angleterre, de la France et de l'Allemagne, ligne politique qui les pousse aujourd'hui légalement, mais demain peut-être révolutionnairement, non à renverser l'Etat actuel organisé de haut en bas, mais a s'en emparer et à employer pour l'émancipation du prolétariat l'immense force centralisée dont cet Etat dispose; en présence du contre-coup que pareil évènement chez l'un de cespeuples pourrait avoir chez les autres; en présence de tous ces faits, les uns probables, les autres possibles, nous nous demandons si cette reconstitution de la société sur la base <lugroupement économique, si cette organisation de l'Etat par en bas, au lieu d'être le point de départ et le signal de la Révolution sociale, n'en sera pas plutôt un résultat plus ou moins éloigné. N'oublions pas que les réYolutions ne se commandent pas, qu'elles ne se font pas à point nommé au moment où on voudrait les Yoir surgir, que les circonstances les font ordinairement éclater sans qu'on puisse ui les provoquer, ni les arrêter. Nous sommes donc amené à nous demander si, avant que le groupement de la classe ouvrière par corps de métiers ne soit suffisamment développé, les circonstances ne pourraient pas conduire le prolétariat des grandes villes à se constituer en dictature collective vis-à-vis du reste de la population, et ce, durant une période révolutionnaire assez longue pour balayer tous les obstacles qui s'opposeraient à l'émancipationj de la classe ouvrière. Dans cette occurence, il nous paraît évident qu'une des premières mesures que prendrait cette dictature collective, ce serait de s'emparer de tous les . grands services publics, d'exproprier pour cause d'utilité publique les compagnies des chemins de fer, des mines, des canaux,· des paquebots, des grandes usines métallurgiques, et de déclarer tout leur matériel, outillage, machines, bâtiments, terrains, etc., biens de l'Etat, parties du domaine public. - La bourgeoisie, au siècle passé, n'a pas procédé autrement vis-à-vis desbiens du clergé et de la noblesse; elle serait donc mal venue de se plaindre. Au surplus, nous reconnaissons que c'est là un acte de guerre et que les nécessités de la guerre sociale pourraient seules l'excuser; n'avons-nous pas lu, il y a quelques jours à peine, que les délégués officiels des gouvernements européens, réunis en Congrès à Bruxelles, venaient de voter une clause par laquelle ils déclarent qu'une armée d'occupation a le droit de s'emparer de tout le matériel des chemins· de fer, QUOIQUE APPARTENANT A DKS COMPA-

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