426 LA REVUE SOCIALISTE sur une grande échelle, et ils s'écrient : A nous les machines! Eh bien, rJJ;tat est une mat:biuc : c·est l'insLrnment des grancls services publics. Comme toutes les autres machines, celle-ci aussi est indispensable a la grande production moderne et à la grande circulation des produits qui en résulte. Comme toutes les autres machines, celle-ci aussi a été meurtrièee pour les travailleurs, elle a toujours fonctionné jusqu'ici pom· le profit exclusif des classes privilégiées. Pour que cela ait une fin, il faut que les travailleurs s'empa1·ent. de cette machine. Mais en s'en emparant, qu'ils voient si la machine-Jtt.at ne demande pas des modificat10nsimportantes pom·qu'ellenepuisscblesserpei·sonne; (1u'ils voient s'il ne faut pas y supprimer certains rouages que l'exploitation bourgeoise y avait surajoutés, et y ajouter <l'aufres 1·ouagesque l'incul'ic bourgeoise ayait négligés; qu'ils voient même s'il ne faut pas l'asseoir entièrement sm• <les bases nouYelles. Ces résc1Tes faiLes,nous osons dire : Travailleurs, à vous la machine, à yous l'État! Ce n'est pas que le mot An-archie nous fasse peur. Au contraire, l'horreur que l'An-archie inspire à la classe bourgeoise (horreur qui nous semble être poue beaucoup <lans la vogue de ce mot chez certains traYaillcurs), fait qu'elle nous som·it assez et que nous ne rejetterions le mot qu'à regret. Que nos amis les an-archistes nous permettent donc de ne pas répudier précisément le mot, bien qu'il n'ait peut-être plus absolument pour nous le même sens que pour eux. Après tout, l'État, tel que nous le concevons et tel que nous le voulons, n'est pas précisément une autorité, un système gouvernemental, quelque chose qui s'impose au peuple par la force ou par la ruse, une archie enfin pour parler grec. Y ·a-t-il une idée bien autoritaire dans ces formules : senice postal de l'J~tat, chemin de fer de l'J°~tat, défrichement des bru) è1·es par l'intervention de l'État, etc. Nous pouvons fo,•t bien concevoir un i~tat. non autoritait·e (nous allions dire un État an-archique, mais nous nous sommes retenu, parce que beaucoup de nos lectem·s auraient trotwé que ces deux termeP-jurent (le se trouyer accoks l'un a l'autre). En effet, la véritable autorité ne consiste certainement pas dans l'acte d'exécuter des décisions prises, d'exécuter des lois votées, d'administrer les services publics conformément aux lois votées, mais bien clans l'acte de faire et d'imposer la loi. Or, la législation peut fort bien ne pas être du ressort cle l'I~tat, ne pas rentrer dans ses attributions, soit que les lois soient votées directement clans les Communesou dans les g1·oupesquelconques,soit que par l'instruction intégrale <lonnée à tous et l'unité mentale qui en résultera, les grandes lois sociales deviennent un jour tellement éviclentes pour l'esprit, qu'elles n'aient pas plus besoiJld'être votées que les lois de l'astronomie, de la physique ou de la chimie.
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