LE BILAN DU CHRISTIANISME ET DU JUDAISME 421 de prouver qu'elle se fit sans contrain te,que les vaincus la souhaitaient encore plus que les vainqueurs, et qu'elle fut plutôt l'œuvre des sujets que celle du maître (1). • Quelle différence avec Carthage! Et quelle reconnaissance ne devons-nous pas encore a Rome, disons-ie en passant, - a la Cité superbe qui incarna la Force et popularisa le Droit, - pour avoir sauvé le monde de la domination phénicienne, en lui évitant ainsi les horreurs d'un empire entièrement sémitique avec son Molochisme, ses holocaustes d'enfants et ses crucifiements, horreurs dont le Christianisme, venu plus tard et dans des conditions moins désastreuses, n'a pu nous donner qu'une représentation effacée, quoique suffisamment effroyable encore (2). On put, au contraire, vanter avec pleine justice~ la grandeur et la majesté de la paix romaine - immensa Romanae pacis maJestas (3); • on se préoccupait dès lors de l'humanité tout entière, « generis humani > - et lorsque l'Eglise, l'enfer et le paradis eurent passé la-dessus, il fallut quinze cents ans, la Renaissance et la Révolution pour que notre grand Anarcharsis Clootz put reprendre l'idée et songer de nouveau au bonheur du « genre humain•· Et pourtant l'Empire romain croula, mais beaucoup moins sous les coups des barbares que par l'effet de la propagande sémitique. « Les stoïciens maîtres de l'Empire, dit M. Renan, le renforcèrent et présidèrent aux cent plus belles années de l'histoire de l'humanité. Les chrétiens maîtres d~ l'Empire a partir de Constantin, achevèrent de le ruiner ~4).• Nous verrons plus loin comment le Stoïcisme, système de philosophie pessimiste et éclectique, était incapable de rien sauver; mais très certainement, comme le proclame un maître d'une autorité incontestée, le Christianisme perdit tou t. A. REGNARD. (A suivre). {1) GastonBoissier. L'opposition sous les Césars, p. 31. (2) Montesquieu, Grandeur des Romains, ch.IV. \3) Plin. Hist. nat. XXVII, 1. Lire dans l'admirable livre de Gibbon, trop négligé aujourd'hui, la peinture <le la félicité relative du monde avant le chl'Ïstianisme. Gibbon, The History of the decline and fall of the Roman Empire. 1776-1.788, chap. Il. (") Les apôtres, p. 3""·
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