420 LA REVUE SOCIALISTE par milliers, je répondrai que dans la « chrétienne.,, Russsie, avant l'abolition du servage, la famille Cheremitiefl possédait d'après M. de Haxhausen, 200,000serfs mâles (d'autres disent 128,000seulement!) Et quelle figure font enfin les 100millions de Lentulus ou de Narcisse, - en doublant même leur valeur, ce qui semble exagéré - en face des 400 millions du marquis de ·westminster, des 500 millions du sénateur Jones, des 1800millions de M. Mackay et des deux milliards laissés par le baron James de Rotschild, a sa mort, en 1868? (2) Tant il est vrai que, contrairement aux assertions des cuistres de toute espèce, l'accumulation monstrueuse et persistante de la richesse entre les mains d'un petit nombre de familles, possible sous le seul régime du Capitalisme, est un fait essentiellement moderne et dû tout entier à l'influence de l'esprit juif (3). On voit donc, en résumé, combien grave est l'erreur des gens trop nombreux qui se font une idée des contemporains des Antonius et de Marc-Aurèle, d'après la déplorable et trop fameuse toile que Couture a intitulée « les Romains de la décadence.,, et qui ne représente en réalité que la décadenca de la peinture. Comment, d'ailleurs, concilier cette soi-disant corruption du monde romafo, avec la prétention des apologistes qui, du jour au lendemain, E::atvec ·1a conversion de Constantin dit le Grand, nous présentent ce même monde comme un rassemblement d'hommes purs, doués des plus sublimes vertus? Une transformation aussi miraculeuse, et si flatteuse pour la nouvelle religion, ne saurait trouver place dans la réalité historique, et le mieux est de reconnaître que les éléments sur lesquels travaillaient les Judœo-chrétiens n'étaient pas en eux-mêmes si mau·Tais qu'ils ont bien youlu le dire. De fait, cette prétention a l'organisation d'un Etat universel que s'est proposée après coup le Christianisme, Rome l'avait même réalisée, et avec cette différence qu'elle concilia toujours avec son propre intérêt celui des peuples assimilés, tandis que l'Eglise, presque constamment, ne chercha que son bien sans se soucier de celui des nations. « Rome, dit excellemment M. Gaston Boissier, n'eut pas cette manie puérile qu'on lui suppose de vouloir tout règlementer, de tout détruire, pour tout renouveler ..... Elle ne chercha point à imposer au monde une constitution uniforme; elle n'essaya pas de ramener violemment à runité des peuples de race diverse. Cette unité se fit cependant: mais il ne serait pas difficile (1) Haxhausen, Studies über die innew Justande Russland's, 18{l7, tome II, p. 226 et III p. 76. (2) Ct B. Malon, Ma.nuez d'Economie sociale, p. 191. (3) Ct Max Nordan. Les mensonges conventionnels de notre ci"ililation, traduction A. Dietrich., p. 221.
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