418 LA REVUE SOCIALISTE « du pain•et de cette autre qui ne l'est pas moins <lansune vie complète: du plaisir? C'est que l'État aryen comprenait autrement que l'État chrétien sou devoir e1wers les membres do la société. L'assistance publique, cette grande fonction sociale dont l'ignorance routinière fait remonter l'origine au Christianisme,était. appliquèe dans l'antiquite comme elle ne l'a jamais encore été chez nous, et sous la forme qui seule la rend efficace; elle avait le caractèl'O obligatoil'o. J'entends bien d'ici l'objection: ce n'était pas de la charité, c'était de la politi<1uo. Si c'était de la politique, c'était do la bonne! Dans tous les cas, ce n'était pas do l'aumône, - cette forme dédaigneuse et. intéressée de la bienveillance, répandue chez nous par le Sémitisme. C'était l'application de ce grand principe de la Solicl::u·ité,de la Fraternité (philia), déja 1woclamépar Aristote et. que la RéYolution a remis on honneur après tant clesiècles. Car ne Yousy trompez pas - et tout le monde s'y est trompé - ces distributions de Yivres gratuites, si sottement flétries par le rétrograde Juyénal, n'étaient que le résultat de l'application. sous l'Empire, ùe la loi éminemment. sociale décrétée sous le 'l'!·ibunat clesGrncques; aycc cette <liffcrencevourt.ant, (lue le nombre des citoyens profitant cleces distrilmtious,devcnues tout à fait gratuites, et qui s'élevait à 320.000 a la fin de la République, fut réduit par César à 150.000et ne dépassa pas 200.000 sous les empereurs suivants. (1) Tel était le véritable caractère de cette distribution de vivres, présentée jusqu'ici sous les coulem·s los plus fausses et au détriment du peuple romain indignement calomnié. On comprendra mon insistance, en voyant un homme aussi compétent que M. naston Boissier, - et d'ordinaire beaucoup mieux inspiré - répéter avec tout lo monde « qu'en donnant du pain à la populace cleRome, les cmpcPem'Sn'ayaient d'autre dessein que <le la maintenir dans l'obéissance•, tant est grande la puis ance <lu préjugé héréditaire! car quelques lignes plus loin, en parlant des « institutions alimentaires• sous Nerva et Traja, pour les enfants des familles pauvres de (i) La première Lex frumentaria fut promulguée sous le Tribunat de Caius Gracchus, l'an de Rome 621 (123 av. J)C. Tout citoyen romain pouvait recGvoi1·par mois 6 modii ou boisseaux de blé, au prix dérisoire de 6 as 113 (environ 0.25 cent, le modius). Abolies par Sylla, le sanguinaire champion de l'aristocratie, ces distributions furent rétablies par la Lex Terentia et Cassia en 681 (73 av. J. C.). Les distributions avaient lieu par la cura annonœ par les soins de l'administrntion <lel'annonce (ou des subsistances publiques) Cf. Cicero, De Offic. 2, 21, 7 2. - Dio Cass. 38, 13; 39, 24 et 76, 1 - Sueton August. 40; César 41 et 45 - et pou1·plus de détails, Ma1·quardt, loc. cit. tom. VII, p. 144, sq. Voy. aussi lluruy,.Histoire des Romains, nouvelle édition tom. V, p. 425 sq. 1883, et L11cour-Gayet, Antonin le Pieux et son temps p. 66 sq. Paris, 1888.
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