LE BILAN DU CHRISTIANISME ET DU JUDAISME 417 pas une honte et un malheur, destiné à disparaître avec le progrès du temps. Seulement,qu'on cesse de faire honneur au Christianisme de cette disparition. ((Onn'est pas moins surpris,dit M.Gaston Boissier, de voir que, sous Constantin, en plein christianisme, la législation qui,ctepuis les Antonins, s'était fort adoucie, revient tout d'un coup aux anciennes sévérités contre les esclaves (1). » Et c'est le inême Gaston Boissier, dont le livre si remarquable abonde d'un bout à l'autre dans le sens de la thèse que je défends,- c'est lui qui, après nous avoir démontrè que le monde Aryen allait de lui-même à l'affranchissement complet de la femme et de l'esclaye, nous déclare tout à coup, - en faisant allusion à la religion du Christ, « qu'un changement si profond ne pouyait s'accomplir sans une de ces révolutions, qui renouvellent le monde (2) ». En effet! il a fallu une révolution mais pas celle dont vous parlez, - une réYolution rendue nécessaire précisément par le détestable triomphe de la religion nouvelle et qui a pu, quinze siècles seulement après l'empereur Constantin, proclamer l'abolition de l'esclavage, que le cours naturel des choses eût certainement réalisée mille ans plus tôt, sans l'invasion du Sémitisme. Je me hàte d'ajouter que le parallèle entre la société romaine et la nôtre ne serait pas complet, si j'omettais de dire qu'outre les esclaves, et en dehors des clients, il y avait encore des artisans, des ouvriers - la plèbe en un mot, qui seule correspond~it dans une certaine mesure, à l'ensemble de nos prolétaires. Mais combien le sort de la plèbe romaine était moins misérable que celui de la nôtre! • Sans doute, la voix des tribuns s'était tue; sans doute, les Gracques avaient roulé, sanglants sous les coups de l'aristocratie triomphante; mais la masse du peuple romain avait fait ses preuves et montré qu'on devait compter avec elle. Panem et circenses ! déclame encore Juyénal; et un tas de rhéteurs ont fait des gorges chaudes là dessus, à commencer pa1·les Pères <lel'Eglise et a finir par les fils de l'université, - sans se douter de l'énormité de leur plaisanterie et de l'inconscience de leur dédain.Panem et circenses ! Eh I bien après I Cela veut dire : de quoi manger et de quoi se distraire. Savez-vous que c'est quelque chose [dans la vie? Et vous autres, Juvénals de rencontre, qui, le ventre bien repu et avant d'aller au spectacle, fulminez de vertueux anathèmes contre ce peuple romain qui n'en peut mais, vous êtes-vous jamais dit que cette plèbe qui vous entoure aujourd'hui et vous épouvante par ses justes réclamations, manque précisément de cette chose essentielle ( i) G. Boissier, Religion romaine, Zoc. cit. t. JI, p. 458. (2) Ibid, p. 360. 27
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