\ \ 416 LA REVUE SOCIALISTE fusil, le jour où vous tentez de vous opposer à ce qu'on la réduise encore! Ils insistent pourtant, ces bourgeois austères. Ils vous répètent la vieille plaisanterie des prolétaires « arrivés à Paris avec quatre sous dans leur poche » et dernnus millionnaires. La différence capitale, déclarent-ils à ce point de vue, entre la société antique et la nôt!'e. c'est que chez nous l'ouvrier le plus misérable peut toujours • s'élever » sortir de sa classe pour entrer dans la classe des riches, etc. Sinistre palinodie de niais incurables ou d'exploiteurs conscients de leur scélératesse! Car d'abord, il est facile de proclamer que les prolétaires peuvent toujours sortir du rang des meurt-de-faim et prendre place dans la classe des riches. Mais combien sorit-ils? On en cite deux ou trois parmi ces millions d'hommes, et toujours les mêmes. Et encore ceux-là ne sont-ils, dans l'immense majorité des cas, comme je l'ai dit ailleurs, ni les plus honnêtes, ni les plus intelligents; c'est bien plutôt le contraire et, dans le régime capitaliste, il ne peut guère en être autrement (1). De plu8, est-ce que les esclaves n1avaient pas, eux aussi, le moyen de sortir de leur condition par l'affranchissement? Et n'est-il pas vrai qu'à partir de la findu premier siècle, surtout, l'affranchissement débarrassé des complications qui pouYaient en entraver l'effet, met.tait l'ancien esclaye sur le même pied que le citoyen et le conduisait à des situations importantes dans la famille, dans la commune et dans l'Etat. Les noms de Livius Andronicus, de Térence, de Publius Syrus, de Phèdre, d'Epictèt.e, montrent assez quelle place ils occupaient dans les Lettres. Sous Commode,des libertini furent introduits dans le Sénat. Un esdaYe, Cleandre, amene a . Rome pour être portefaix, devint le maître de rem pire. Sous Cara - calla, un affranchi, Marcius Agrippa, entra au Sénat ayec rang prétorien; et l'on s'est demandé si l'empereur Macrin n'ayait pas corn- .mencé par être esclaYe(2). Je voudrais bien qu'on me citàt les noms d'anèiens prolétaires ayant joué un rôle analogue dans le gou-' vernement des peuples. . Mais si la situation élesserf!'\antiques était moins déplorable que celle des prolétaires modernes, sïl était même infiniment plu8facile de sortir de l'escla·rnge qu'il ne l'est actuellement de s'affranchir du prolétariat, ce n'est pas à dire pour cela que l'esclavage ne fut (1) L'État. Paris, Derveaux, An 93-1885, p. 218. (2) H. Lemonnier, Étude historique sur la condition privée des affranchis aux trois premiers siècles de l'Empire romain, 1887, p. 237-238. Voyez aussi Lamprid. Commod., 6; Dio. Cassius, LXXII, 10, 12 et LXXVIU, 11, t3; J11l. Capit. Macrin,~. - Cf. Friedlaender, loc, cit. 1, p. 173.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==