La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

412 LA REVUE SOCIALISTE en plus grand nombre, des modèles accomplis de toutes les yertus. Comment ne pas rappeler d'abord cette famille admirable au sein clelaquelle les deux. Arria brillent d'un éclat si vif et si pur, que leur gloire a éclipsé en partie celle de leurs proches, qui s'appelaient pourtant Protus, Helvidius, Th1·aséas?L'histoire touchante de la première Arria ne saurait être passée sous silence. « Son mari, Creina Pretus, était malade, ainsi que son fils, et tous deux dangereusement. L'enfant. mourut, - jeune garçon d'une exquise beauté, d'une modestie non moins parfaite, chéri de ses parents autant pour ses qualités que parce qu'il était leur fils. Arria prépara les funérailles et célébra les obsèques de telle façon que son mari n'en sut rien; bien plus, toutes les fois qu'elle entrait dans sa chambre, elle lui faisait croire que l'enfant vivait et même qu'il allait mieux. Et quand il l'interrogeait sur ce sujet, elle lui répondait : « Oui, il a bien dormi, il a mangé de bon cœur >>. Puis, quand ses larmes qu'elle ne pouvait plus contenir jaillissaient enfin, elle sortait et s'abandonnait a sa douleur; quand elle l'avait satisfaite, elle rentrait après aYoir séché ses yeux et compo!séson visage, comme si elle eüt laissé son deuil a la porte·. Sans doute, c'est un beau trait que de saisir un poignard, de s'en percer le sein, de retirer le fer et de le tendre a son mari, en ajoutant ces paroles immortelles et presque divines : « Pretus, cela ne fait pas de mal )), Mais en agissant, en parlant ainsi, Arria avai(deyant les yeux la gloire et l'éternité. N'est-il pas plus graml, sans espoir de la gloire et de l'immortalité, de refouler ses larmes, de cacher son deuil et de jouer enfin le rôle d'une mère dans le temps qu'on vient de perdre son enfant. » (1) J'ai voulu citer dans son entier le récit de Pline le jèune, non seulement a cause des faits rapportés, mais encore en raison de la forme même, de la délicatesse et de la sympathie émue avec laquelle l'ami de Trajan apprécie cette action exquise et telle assurément qu'elle ne saurait être surpassée par une chrétienne. Les lettres de cet homme aimable et si profondément humain, les œunes mêmes du sévère Tacite sont remplies d'exemples sublimes d'abnégation et de dé,~ouement donnés par des femmes. A côté du chapitre étonnant, chef-d'œmTe du genre, où l'historien latin décrit les horreurs des guerres civiles sous Galba, Othon et Vitellius, la mer pleine d'exilés et les rochers rouges de sang, infeeti cœdibus_scopuli; - il nous montre aussi de bons exemples dans cette époque non stérile en vertus, - des mères accompagnant leurs enfants en fuite, des femmes suivant leurs époux dans (1) Plin. Secund. Epist. Ill, 16, Voy. aussi, sur Fannia, Epist. VII, 19,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==