La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE BILAN DU CHRISTIANISME ET DU JUDAISME 411 tous les cas, c'était à ce soi-disant moraliste surtout, ùe mettre en pratique les enseignements de Quintilien, répondant à ceux qui rnulaient abuser des détails trop crus : « Pour moi, content de' me conformer à la pudeur romaine, comme je l'ai déjà dit, je me ferai par mon silence, le défenseur de l'honnêteté publique. ,, (l) Les lignes précédentes ne constituent pas une digression; car les accusations dont la société romaine a été l'objet, reposant surtout sur l'œune de JunéYal, tombent naturellement d'elles-mêmes, du moment où l'on démontre, comme je viens de le faire, que les fameuses satires ne sont que les amplifications déclamatoires d'un rhéteur rétrograde (2). Messaline est sans cloute aussi réelle que cette Pontia (3) qui tuait ses enfants : mais vouloir juger· la famille romaine d'après ces exemples, serait commettre une erreur aussi monstrueuse que celle des gens qui prétendraient apprécier les mœurs actuelles du paysan français d'après la « Terre>>de M. Zola, où l'on voit des misérables mettre le feu a leur père pour s'en débarrasser. La chose est-pourtant très réelle, en ce sens qu'on a vu dans un coin de la Sologne, il y a peu de temps, des paysan~ brüler leur mère toute YiYe; mais les criminels, les dégénérés d'une époque quelconque ne sauraient jamais être présentés comme les types de la moyenne morale de cette époque. « Nulle part dans l'antiquité autant qu'à Rome, dit un auteur peu suspect de partialité pour le paganisme, la chose publique n'accepta et ne glorifia la vertu romaine. Nulle part la femme ne fut plus citoyenne, plus associée aux dangers, aux triomphes, aux intérêts, à la gloire commune..... ; c'est Hersilie qui se jette au milieu des armes pour réconcilier son père et son époux; c'est Olélie dont le courage épouyante Porsenna. Le sang de Lucrèce outragée fait chasser les Tarquins de Rome; le sang de Virginie renverse les décemvirs. La prière d'une femme fléchit Coriolan; les instances d'une femme, aidée par l'amour paternel et la tendresse conjugale, conquièrent pour les plébéiens les faisceaux consulaires. Comme fille, comme épouse, comme citoyenne, voilà ce que peut la matrone romaine (4). ,, Mais cela ne concerne pas que la Rome primitiYe; à l'époque impériale on trouve encore chez les femmes et peut-être (1) Quintiliani, De institutione oratoria, Lib. VIII, cap. 3 « Ego Romani pudol'is mo1·e contentus, ut jam respondi talibus, verecundiam silentio vin- <licabo >. (2) Voyez sur Juvénal : A. Hild; Juùénal, Notes biographiques, Paris, 1886 ; Iunii Invenalis saturœ XIII, with introduction and notes by P@arson and Strong, Oxford 1887 et le très intéressant article « Juvenal> par le profes. Sellar dans le tom. X.Ill de l'Encyclopedia Britannica, 1881. (3) Sat. VI, v., 6:~8. (1) Comte de Champagny, Les Césars, 3e édit. 1859, t. lll, p. 168.

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