LE BILAN DU CHRISTIANISME ET DU JUDAISME 409 sont fondues Athènes et Sparte (1). » Passe encore pour l'oligarchique Sparte; mais parler ici d'Athènes, c'est dépasser les bornes de la licence, même_poétique; et ajouter que Corneille•n'est qu'une « étincelle » de Juvénal, c'est franchir d'un coup les limites de la raison pour entrer en plein dans le domaine de l'aberration mentale. Juvénal, 'au surplus, n'a rien d'antique que le talent; il justifierait a lui seul, si la chose était possible, les affirmations des égarés qui prétendent que le Christianisme est sorti du Paganisme. De fait, et en dépit d'une des innombrables assertions paradoxales de l'auteur de l'Ane, ce satirique trop vanté n'était qu'un bourgeois aigri -- on ne sait trop pourquoi (2),qui passa son temps a dénigrer les hommes et les choses sans avoir eu; semble-t-il, comme Rous seau, l'excuse de la folie mélancolique. C'était un Aryen a tournure d'esprit sémitique - on en voit de tels - et c'est pour cela que les Pères de l'Église et autres chrétiens, destructeurs de tant de chefs-d'œuvre de la littérature ancienne,ont conservé précieusement ce rèpertoire d'injures et de calomnies a l'adresse de la société romame. C'est la nature même et la vie, l'humanité avec ses grandeurs plus encore qu'avec ses faiblesses, que Junéval maudit sans reprendre haleine; à côté de son pessimisme, celui de Schopenhauer et de l'Imitation de Jésus-Christ« est encore du bonheur >. Non seulement l'amour, mais la grâce, la beauté (3), la gloire (4) sont l'objet de ses sarcasmes, - même cette gloire qui est la première des yeetus, quand elle s'acquiert dans les luttes pour la patrie et pour le bien des hommes. Faites donc de vos fils des Démosthènes (5), pour qu'ils meurent misérablement! Eœpende Annibalem, soupèsemoi Annibal, et voit ce qu'il en reste, - un sujet de déclamation, pour les enfants à l'école (6). Misérable rhéteur qui ne s'aperçoit pas que dans ces morceaux. trop vantés où il « blague » le patrio- (1) V. Hugo, W. Shakespeare. Liv. li. § 8, (2) La très curieuse inscription recueillie par Mommsen (Inscriptiones regni Napolitani, n° 4312) ne laisse aucun doute sur la situatio:1. réelle de Juvénal, dans la société de son temps : « A Cérès, - D. Junius Juvénal, tt·ibun de la cohorte des Dalmates, :luumvir quinquennal, flamine du Dieu VcspasiE'n, a voué et consacré ce sanctuaire à ses frais. » Quand cc flamine de Vesparien qui se paie le luxe de bâtir des sanctuaires à ~es frais, sua pecunia, se pose en malheureux (comme dans les sat. I. 135 sq. VIII. 1 sqJ, vous pouvez bien penser que c'eet pure déclamation, comme pour le reste. Voy. Hild, Juvénal, notes biographiques, 1884, et G. Boissier. L'opposition sous les Césars p. 320 sq. 1875. (3) Junéval, Sat. X. v. 289 sq. (~) Ibid. v. 133, sq. (5) Ibid. v.114. (6) Ibid. v. 147, sq.
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