La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

408 LA REVUE SOCIALISTE romaine. sur le misérable sort de laquelle tant de gens en sont encore à s'apitoyer, était bien l'épouse la plus libre, la plus maîtresse de ses actions qui fûL au monde (1). (< Les deoits qu'elle tenait de sa propre famille, dit l'éminentjurisconsulte Sir Henry S. Maine, demeuraient intacts sous la surveillance cleses tuteurs, dont l'autorité, en beaucoup de points, l'emportait sur celle du mari. Il en était résulté pour la femme romaine, mariée ou non, une indépendance très grande au point de vue de sa personne et de ses biens; car les dernières lois tenclaientà annuler, en quelque sorte, l'autorité des tuteurs, tandis que celle du mari n'était en aucune façon renforcée par la forme de mariage alors à la mode. Le Christianisme, au contraire, tendit à restreindee.dès le début, cette indépendance si remarquable. Guiùés d'abord par leur aYersion pour les pratiques du mon,le païen, poussés ensuite pae leur rage d'ascète, les docteurs de la foi nouvelle virent d'un mau-rnis œil cette forme tlu lien conjugal, la plus làche qu'ont. eût encore observée dans le monde occidental. La législation romaine de la clcrnière époque, en tant qu'elle est modifiée par les constitutions des empereurs chrétiens, porte l'empreinte d'une réaction éYidente contre les doctrines libérales des grands jurisconsultes de l'ère des Antonins (2). • Voila une affirmation déci iYe, émanant d'un savant anglais non suspect de Libre Pensée, et qui pourtant n'hésite pas à constater, d'après l'examen impartial des faits, l'influence nuisible et décidément rétrograde exercée par le christianisme sur l'évolution du mariage et de la famille. Mais les détracteurs intéressés de nos ancêtres Aryens ne se tiennent par pour battus. Ayec la même__ardeur qu'ils mettaient à plaider la cause des« malheul'euses » Romaines, considérées comme esclaves de leurs maris, ils cléplol'ent. leur extrême liberté et le dévergondage qui en aurait été la suite! Juvénal apparaît ici comme leur cheYal de bataille. Or, c·est un fait bien avéré aujourrl'hui, que ce Tertullien san excuses - puisqu'enfin il n'était pas chrétien, - ne fut qu'un déclamateur de talent qui CÇ>mposaà froid, longtemps après la disparition des tyrans, les satires qui l'ont immortalisé. La Yoguedont cet énergumène de cabinet a joui chez nous pendant le second Empire s'explique assez par ce que j'appellerai les éléments extérieurs de la cause. C'est à ces circonstances qu'il faut at.tribuei- l'étrange exclamation de Victor Hugo : « Junéval, c'est la Yieille âme libre des républiques mortes; il a en lui une Rome dans l'airain de laquelle (1) C. !\larquardt et Mommsen : Handbuch der Rümischen Alterthllmer Tom. VII. Leipzig, 1879, p. 61 sq. (2) H. S. Ma.ine. Anc_ie11tLaw, p. 155-1:>6.

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