LE BILAN DU CHRISTIANISME ET DU JUDAISME 405 romain, dit M. G. Boissier, n'a jamais ressemblé au juif, qui avait tant de répugnance a prendre les armes le jour du sabbat; il ne se demandait pas en présence de l'ennemi, s'il avait le droit de se battre, et il ne lui venait pas de scrupule a l'esprit, quand le consul donnait le signal du combat. D'ailleurs, les théologiens ayaient décidé que lorsqu'on est attaqué, tous les jours sont bon~ pour sauver sa vie et défendre l'honneur de son pays ,. (1). Cette religion qui ne serrnit que les intérêts de l'État, si différente de la nôtre qui sert surtout. ceux de ses prêtres, ne pouvait donc mettre aucun obstacle au développement de la Cité romaine; cl'autre part, le goût, quoique déplorable, pour les combats de gladiateurs, en tendant à oblitl3rer, malheureusement, le sehtiment de la pitié, aguerrit encore le courage des Romain!';, devenus d'autant moins soucieux de la vie des autres qu'ils faisaient bon marché de la leur (2). C'est ainsi que les Aryens de la Ville étel'Ilelle, avec les qualités propres de leur race modifiées par celles de la nationalité Etrusque, se trouvèrent les mieux armés pour effectuer dans l'ordre politique, cette conquête et cette civilisation du monde, réalisées par les Grecs dans l'ordre intellectuel et moral (3). (1) Gaston Boissic1·, La religion rom:iine d'Aug1,ste aux Antonins, 38 édit., 2 vol. in-18°, 1884, t. 1••, p. 22. (2) C'est une errnur complète que de se représenter les gladiateurs comme un troupeau de misérables et d'esclaves, contraints à s'égorger mutuellement pour le plai~ir des spectateurs. En dehors des conJamnés qui figuraient assurément bien malgré eux dans ces jeux sanglants, il y avait là, JJOUr un grand nombre de ge11s,l'exercir.e d'une profession honorée. « Aux yeux de la multitude, dit Lecky, les sor:imes considé1·ables payées au vainqueur, le patronage des grands et même des empe1·eu1·~e. t plus encore l'enthousiasme populaire albnt jusqu'au délire, dont étaient l'objet les gladiateurs triomphants, compensaient largement les dangal'S de la p1·ofession ,. ( History of European Norals, t. 18 ', p. 290). L'admiration des Espagnols pou1· leuri! grands toréadors ne peut donnc1· qu'une faible idée de l'enthousiasme d'es Romains pour leurs gladiateurs, enthousiasme justifié en un certain sens, et qui ne sau1·ait, dans tous les cas, être blâmé à aucun point de vue par nos modernes duellistes. On connaît le passage de Cicéron : « A-t-on jamais entendu gémir le plus médiocre gladiateur! En a-t-on jamais vu changer de visage1 » ( Tuscul, Quaest. lib. II). Qu'il y ait donc eu là une école de courage, où tout un chacun apprenait trè!i réellement à braver la mort, voilà ce qui ne saurait étre nié. C'est un fait qu'il fallait constater: car il a sa place dans l'explication de la fortune des Romains. Ce qui n'empêche pas de préférer une fois de plus lei! G-l'ecs, chez lesquels ces spectacles sanglants ne s'acdimatèrent jamais. On conualt la belle pal'ole du philosophe Demonax qui, lors d'une tentative faite en vue de leul' introduction .à Athènes, s'écria : « Mais il vous faut alol's renverser l'autel de la Pitié. > . (Lucien, Demonax.) (3) J'entends bien que les conquêtes d'Alexandre furent essentiellement d'o1·dre politique. Mais ce victorieux, auquel les positivistes donnent avec raison une des premières places parmi les grands hommes, na fonda que des toyaumes d'une <lurée passagère : ce qui persista, ce fut la culture grecq1,1e,surtout d11,ns cette ville d'Alexandrie, qui parut comme une seconde Athènes, '
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