La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA I\BVUE SOCIALISTE diminution de la natalité est la plus forte, la Normandie, est précisément la région qui a fourni la majcm·e partie des émigrants canadiens, lesquels réduits au nomhre ùe 6.000 en 1766, se sont multipliés clans un siècle au point d'être des millions aujourd'hui. Encore maintenant, la race normande, au Canada, double environ tous les quatorze ans. Non. La race française prise en masse, considérée dans son ensemble comme dans ses parties, est saine et vigoureuse, douée de qualités prolifiques suffü,antes. Sous certains rapports, les Françai~ sont même supérieurs a certains peuples, les Anglais par exemple, qui se croisent très difficilement avec des races étrangères,tandis qne les Français ont donné naissance, au Canada, à une forte population métisse, remarquable par ses aptitudes sociales et sa fécondité. Enfin, de nos jours, les Français qui vont s'établir en Algérie y ont une natalité considérable. La natalité française, en Algérie, oscille autour de 40 p. 1000, supérieure, par conséquent a la natalité allemande. On ne saurait donc attribuer a aucune cause physiologique plausible la décroissance de la natalité française, et c'est dans notre état social, dans notre constitution économique, les mœurs et les conditions cle vie qu'elle détermine, qu'il faut aller chercher la cause véritable de la ,lépopulation. La France ne fait. plus d'enfants, parce que : d'une part, l'instinct de la propriété, l'amour cluclomaine; - de l'autre, les charges multiples qu'impose une famille nombreuse ont répanclu, clans la population des villes et des campagnes, des campagnes surtout, les pratiques malthusiennes de la stérilité volontaire. On a chanté sur tous les tons les Yertus du paysan français : son esprit d'ordre et d'économie, sa préYoyance, son attachement pour la terre nourricière a la possession de laquelle il met tant de prix. C'est a ces belles Yertus recommandées par !'économisme libéral et couronnées de fleurs de rhétorique dans les concours officiels, que nous ,levons la dépopulation pPogressiYe de la France. La petite bourgeoisie rurale et la masse ,les paysans propl'iétaires, attachés au sol, dévorés de l'ambition d'arrondir leur propriété, de l'accroitre, d'empêcher son morcellement, inéYitable a la mort des ascendants, restreignent volontail'Cment leur fécondité. Pour empêcher la division de son champ a sa mort,' le paysan propriétaire limite sa progéniture a un enfant, quelquefois deux. C'est ce que Bertillon père a démontré en faisant des recherches sur la natalité comparée aYec la division de la propriété. Dans les départements de petite propriété, la où les paysans propriétaires sont nombreux, la natalité est. faible. Voici, a cet égar(l, quelques chiffre~, cités par M. Bei·tillon fils, le threcteur actuel de la statistique municipale de

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