LA DÉPOPULATION DE LA FRANCE 393 aviser sans délai, remédier énergiquement à un état de choses pareil. C'est une question de vie ou de mort pour nous. To be or not to be. III La France ne fait pas assez d'enfants : tel est le résultat brutal qui se dégage de l'examen sommaire de l'évolution de la population· française. Pourquoi? Certaines personnes se sont demandées si la faiblesse de notre natalité ne tiendrait pas à des causes d'affaiblissement général de la race. Quelques savants ont prétendu que le progrès et la civilisation s'effectuaient aux dépens des facultés reproductrices; que l'extrême développement cérébral entraîne la faiblesse génésique des individus affinés. Et ils ont cité, à l'appui de leur théorie, des faits ob.~ervésdans des milieux spéciaux, dans le monde savant, lettré. artistique. Les faits rapportés peuvent être exacts, mais nous ne croyons pas qu'ils permettent d'en inférer une généralisation systématique applicable à tout un pays. Les observations recueillies sont exceptionnelles. Le développement anormal des facultés intellectuelles de quelques individus a pu restreindre leur fécondité, cela ne prouve point.que la civilisation soit une cause de stérilité générale. L'homme est un animal social, selon l'expression d'Aristote; le progrès social ne saurait donc être funeste à l'espèce humaine. D'ailleurs, pourquoi la décroissance de la natalité se manifesteraitelle en France plutôt qu'en Angleterre, en Allemagne ou dans des pays moins avancés en civilisation, mais chez lesquels la culture sociale est plus intense encore, à raison de la rapidité avec laquelle, poussés par la concurrence des pays plus civilisés, ils sont obligés de brûler les étapes franchies par nous pas à pas? La décroissance de la natalité étant un phénomène particulier à la France, il ne sa:urait résider dans la cause citée plus haut. Au reste,la façon dont se répartit la natalité française prouve que sa décroissance ne peut être attribuée à une cause générale d·affaiblissement de la race. Depuis qu'on recense méthodiquement la population, la diminution se manifeste, en effet, sur des parties bien déterminées du territoire. Par exemple, en Normandie, depuis le commencement du siècle, il y a des arrondissements dont la population ne cesse de décroître : Alençon, Lisieux, La Flèche. En 1836, dit le rédacteur de l'Introduction placée en tête des tableaux de la Statistique générale de la France, la partie centrale du bassin de la Garonne commence à voir s'éclaircir sa population; ce mouvement n'a fait que s'accroître depuis. Dira-t-on qu'il existe peut-être des causes d'affaiblissement, particulières à la population de ces contrées? Non, car la contrée où la . .
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