382 LA REVUE SOCIALISTE L'espace me fait défaut pour réfuter comme elles mériteraient de l'être des idées aussi monstrueusement subversives et destructives de la civilisation occidentale, que celles contenues dans la note précitée. Quoi ! vous êtes partisans d'une politique d'expansion économique au moyen de conquêtes coloniales effectuébs dans de vastes contrées fertiles et bien peuplécsî C'ei-t apparemment que vous trouvez que les pays civilisés n'offrent actuellement qu'un marché insuffisant à la production déjà trop considérable des nations de l'Occident. Dans une certaine mesure, je comprends ce raisonnement, bien qu'il soit simpliste et facilement réfutable. Mais, enfin, c'est là un but qui n'a 1·ien d'absurde. La politique des débouchés coloniaux a même un côté spécieux, séduisant. Faire de cinquante millions d'inèivid us les consommateurs obligés de l'industrie française, cela a un sens,une apparence de raison MaiR quand vouR me dites qu'il faut aller là-bas développer une production industrielle qui n'y existe pas encore; fabriquer sui· place des produits dont la maia-d'œuvt·e i:;era exclusivement indigène, je ne comprends plus et il faut que je relise de Lclles propositions, pour me convaincre qu'elles ont été faites sérieusement, qu'il n'y a pas un procédé d'ironie fél'Oce à la S,vift, dans le genre de célèbres projets de pacification pour l'Irlande. Créer en Orient une concu1'l'ence industrielle fo1·- midable pour la production occidentale, étant donné les conditions de maicd'œuvre indigène! Malheureux, ne voyez-vous pas quo c'est-là précisément ce qui condamne toute tentative ou entreprise faite du côté de \'Extrême-Orient. dans cet immense réservoir d'hommes séparé jusqu'ici de l'Europe par des millions de lieues presque infranchissables, et dont le contact avec l'Europe peut avoir pour résultat de la submerger sous le déborllement de ces centaines de millions.d'êtres humains, le joUl' où, arrachés à leur stabilité qua!'ante fois séculaire, ils déclareront la guerre - militaire ou économique, peu importe - à l'Occident! On a peur, à Manchester, nous dit M.de Lanessan, des progrès effP.ctuéspar l'industrie de l'Inde, dont la concurrence commence déjà à se faire sentir sur le marché oriental. Je croi3 bien! C',3st que le jour où, ~u1·les 200 millions de sujets que la Grande-Br1::lagne compte là-bas, l'industrie sera à même d'utiliser seulement quelques millions de bras au fonctionnement des machine:i, c'en se,·a fait de sa suprém3tie industrielle - non seulement en Orient, mais en Europe même, où les pl'Oduits de l'Inde pourront battre facilement les produits anglais. Que sera-ce le jour où l'Annam, le Tonkin, et par extension la Chine elle-même, entreront en lice sur le marché de la production mondiale 1 Le jour n'est peut-étre pas éloigné où l'Europe, faisant trève aux disco1·desqui la partagent en autant de camps ennemis qu'elle compte de nationalités, devra unir ses forces pour repousser, à coups de canons, les produits lndo-Chinois de ses frontières du Nord et de ses ports du Sud. Combien insensées paraîtront alors, aux yeux de ceux qui les retrouveront, les p1·opositions du genre de celle que nous avons signalée! La politique. coloniale de l'Angleterre dans l'Inde se justifie, eu égard à la date à laquelle se sont effectuées ses conquête,;. Alors, en effet, l'occupation de pays de rapport comme l'Inde, de pays de culture et d'émigration comme le Canada et l'Amérique avaient leur raison d'être et ne présentaient pas, au moins la première, les dangers dont nous menace la perspective d'une concurrence industrielle prochaine. C'est pourquoi, si je condamne l'impéritie du roi de France qui a abandonné Dupleix, je crnis qu'on ne saurait songer aujourd'hui à prendre en Chine la revanche <le la guerre de Sept-ans. Le tableau de l'Inde que nous offi·e M. l'ène-Siefert n'est point, il s'en faut de beaucoup, le type de la colonisation moderne. C'est le type de la colonisation d'il y a un siècle. Ce procédé a rendu tous· les avantages qu'on pouvait en retirer, et à l'heure qu'il
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