REVUE DES L!VRES 381 tannique, nous déclare l'auteur, l'Inde est entrée dans une ère de prospérité telle qu'elle n'en avait jamais connu sous les gouvernements Indiens. Cependant, ajoute-t-il, « plusieurs indigènes instruits craignent» que cette prospé1·ité « ne soit en baisse.» Nous aurions aimé connaître les motifs sur lesquels s'appuient ces« indigènes instruits", pour formuler l'opinion rapportée dans le livre. Maintenant, dit avec une satisfaction non déguisée sir Richard, les Hin• dous « ont le droit de refuser leurs bras suivant leur propre intérét. » Sans doute, au point de vue de la dignité humai ne, il y a là un progrès. Malheureuse - ment en Europe aussi, les meurt-de-faim ont le droit de « refuser leurs bras » et ils n'en sont pas plus fiers ni plus prospères pour cela. J'imagine que dans l'Inde, quelques-uns des abus enfantés par le régime capitaliste de la concurrence doivent s'être implantés, car à un autre endroit l'auLeur nous dit quïl existe, là co'mme en Europe, une catégorie d'individus « prêtant de l'argent » aux propriétaires terriens grands et petits qu'ils « poussent souvent, inten- « tionnellement ou non, aux dernières limites de l'extravagance ou clans les « filets de l'endettement ... » Aussi ces gens-là et sont-ils souvent tenus pour « cupides et extorsionaaires. Dans quelques localités, avec une exagération pro- « bable on les a appelés les shyloks de notre temps, les voraces de la sub~- « tance du peuple.> A-t-on exagér~, ainsi que le· pense sir Richard~ Dans quelle mesure1 L'auteur glisse avec prudence s111•ces détails. De méme en ce qui concerue la liberté de la presse. Dans l'Inde, nous dit l'honorable gentleman, règne une complète liberté de la presse. Seulement les journaux indigènes ayant« contenu parfois des articles a tendance politique suspecte (sic) et de nature à indispoger les lecteurs contre le régime britannique, le gouvernement de l'Inde fit éditer le Vernacular Press act, lequel donne aux fonctionnaires du pouvoir public la faculté d'en emr,écher la publication.» E11Europe, cette faculté d'empêche1· la publication de quelque chose, s'appelle la Censure. - Tout ce livre est plein de « mais » et de « seulement> restrictifs, suivis d'une longue périphrase sur une foule de « facultés d'empêcher » que les anglais se sont l'ése1·véeset sui· l'application desquelles M. Pène-Siefert, qui connaît l'Inde, aurait bien dû nous donner quelques détails. Si les descriptions engageantes de si!; Richard Temple m'ont laissé froid, celles de M. de Lanessan, placées en tête du volume me paraissent de nature à éveiller des craintes redoutables pour l'avenir des colonies anglaises et des pl'ofits que la Gl'ande-Bretagne a pu en l'tJtirer jusqu'à ce jour. Après avoir décrit les progrès industriels réalisés, M. de Lanessan nous dit : < L'Inde est « désormais laucée dans la voie industi·ielle et ses produits commencent à faire « concurrence non seulement dans le pays même, mais dans tout l'Extréme « Orient, à ceux de l'Angleterre. Mancheste1· n'est pas sans éprouver de vives « inquiétudes en voyant se développer chaque jour des manufactures rivales « de5 siennes, ayant la matière première dans la main et des ouvriers à bas « prix ... » Dans ces lignes, M. de Lanessan aborde des problèmes dont la solution sera peut-être la question vitale de l'avenir. Non pas d'un avenir indétP.1 miné, mais d'un aveni1·prochain, immédiat. Je veux pader de la conc1:1rrence économique qui peut nous êtrn faite par qQQmilliuns de Clünois et 2:>l' millions d'Indiens. Chose étrange! M. Pène-Siefert, dans une note, soulève la même question, sans plus s'y arréte1· que M. de Lanessan, comme si elle ne présentait qu'un intérêt secondaire.« Des manufactures analogues (à celles de « Bombay et Calcutta) à Saïgon, Tourane, Haï.phong, dit-il,sont not1·e meilleur « moyen de tit-er parti, en lndo-Chine, des matières premières et de la main- « d'œuvre indigène. Les Annamites n'ont besoin ni de nos soldats ni de nos c fonctionnaires, pas plus que de missionnaires, mais bien de notre outillage et « de nos capitaux dormants. >
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