REVUE DES LIVRES 383 est, l'Angleterre voit se tari1' prog1·essivement la source dé ses profits. L'ère des bénéfices peut être considérée comme close et les fabricants de Manchester redoutent de voir s'ouvrir inopinément l'heure des pertes irréparables. M. Pène-Siefert n'ignore pas qu'il y. a e11 Angleterre un parti composé d'hommes éminents, dont. le palriotisme britannique ne sa.urait étre su~pecté, et qui envisage comme une nécessité inéluctable l'abandon prochain <le l'Inde. Je doute que ce pa1'ti voie triompher ses vues dans un délai bien rll.pproché. Il est même peu prol}able que d'ici longtemps enco1·e, il fasse des recrues ·nombreusds dans la masse politique des partis exist.rnts, mais o'est là un i,ymptôrue significatif des embarras multiples que l'Inde cause déjà à l'Angleterre et des craintes qu'elle lui fait concevoir pour l'avenir. Le liv•·e de sir Richard Temple, quelque optimiste qu'il soit n'est pas l'ait pour les dissiper. Et tout ce tableau flatteur, d0at M. Pène-Siefert a offert uue traduction aux lecteurs français, ne doit l'as porter le sous-titre de Type de cololti$ation moderne, mais bien c1lui de Type de colonisation, il y a pl11sde cent ans. C'est pourquoi sa lectu1·e ne m'a pas réconcilié avec l'occupation du Tonkin, pourquoi je redoute que les deux années d'hostd.itês avec la Chine n'aieut dans l'avenit· des conséquences désastreuses pou1· la civilisation occi-• dentale. Gustave H.ouANET. Le mouvement agraire dans la péninsule des Balkans, l'Angleterre et ses colonies, la plaine Saxonne et les Etats- Unis, par R. MEYERet G. ARDA ~T. Paris, Retaux-Brny, 82, rue Bonaparte, 1889. Voici ua livre utile et instructif, intéressaut, su1·tout pour ceux qui s'ot:- cupent des questions ag-l'aires et sociales. MM. Meyel' et Ardant ont entrepris d'écrire l'histoire de la petite propriété, tant au point de vue juridique et économique que sous le rapport politique, moral et social. Dans un premier volume paru en 1887, les auteu1•s avaient exposé l'organisation de la propriété et des institutions qui s'y rnttachent, en Chine, en Grèce. à Rome, à Byzance, en Irlande, en Pologne, en Russi~ et chez le peuple hébreu. Ce liVl'e était déjà bien intéressant; il nous montrait l'état dé la popubtiou et de l'agriculture sous tel et tel régim~. Le second volume qui vie11t de paraitre continue l'étude de la propriété foncière dans d'autres pays. C'est d'abord la presqu'tle des Balkans où l'on passe en revue l'influence de la conquête ottomane, l'organisation de la Zadruga ou communauté de famille, et ses effets économiques, notamment eu Serbie et au Mocténégro, où l'on vient précisément de promulguer un nouveau code très original et fort bien conçll, respectueux des anciennes coutumes, rédigé dans une forme tout à fait nouvelle et des vues très larges, par un ami de M. Ardant : le savant professeur historien Bogisitch. - Tout ce chapitre. est fort intéressant. Viennent ensuite les études sur l'Angleterre et ses colonies dans les temps anciens et modernes; la plaine saxonne avec ses lois protectl'ices mais ineflficaces; enfin les Etats-Unis où l'on ,,oit l'organisation des Home-Steads ou petites propriétés patrimoniales inaliénables, et le nouveau reouvemeut de la « single-tax » d'Helll'y George, que nous avons entendu récemment au Congrès ag·raire et auquel les auteurs accordent toute leur sympathie, du moins quant aux principes fondamentaux. M. Ardant annonce la. publication d'un troisième volume qui, à en juger par le titre, ne manquera pas de piquer la curiosité. Il sera. intitulé : PAPES ET PAYSANS, ou la question agraire en Italie. Attendons-nous à des révélations curieuses!
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