REVUE DES LIVRES 379 forces, à la défense de la patrie. L'accomplissement de ce devoir se confond d'ailleurs avec le dérnuement au progrès et à la justice, dont la terre française est le pays initiateur d',Uection. Car il ne faut µas s'y tromper et M. PèneSeifert.ra très bien saisi, l'Europe monarchique est presque unanime contrn la France républicaine, et surtout contre la France révolutionnaire. « Ce que l'Europe monarchique voit encore de plus mauvais œil, dit-11, que la forme républicaine, c'est le ferment humanitaire que la France porte dans ses flancs depuis 1789 ... » Nous ne devons donc compter que sur nous-mêmes. D'ailleurs, ce n'13stpas en vain qu'un pays comme la France déchoit du rang qu'il a occupé dans le monde pendant ries sièdes. Malheur aux v11incus ! Les cl'llelles défaites de 1870-1871 devaient forcément provoquer lP.s rancunes des uns, les ingl'atitudes des autres, isole1·la France de tous. Elle est donc seule deYant l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie en armes, l'Angleterre sur l'expectative, prête comme toujours à acclamer le plus fort en Achange d'une partie des dépouilles du vaincu. " Devant cetto hostilité, dit très bien M. Pène-Siefert, il ne nous reste qu'à élever le ft1.cteur armée et armement à la plus haute puissance sur terre et sur mer. ll Dans les vingt derni~res années, l'opinion publique s'était vil'ement inléressée aux questions d'armement. Mais son attention s'était portée surtout du côté des armements militaires proprement dits. Exclusivement tournée vers la frontière du Rhin, l'armôe avait été sa préoccupation \_\nique. Cependant, le développement maritime de la nation italienne, los efforts dirigés dans le même sens par l'Allemagne, l'attitude louche de l'Anglete1·re, puissance navale rie prnmie1· ordre, la· constl'Uotion multipliée dans les divers pays de cuirassés et de torpilleurs pour lesquels les ceotalnes de millions ont été dépensées sans comµte1·, - tout cela a porté l'opinion à s'occuper enfin de nos forces navales. L'étude que leur consacrn M. l-'ène-Siefert est loin d'être optimiste,comme son titi'e l'iodique. Sans vouloir contester l'exactitude de ses données ni la légitimité de ses préférences en faveu1· de la multiplication des torpilleurs, peutêtre pourrions-nous trouver qu'il a poussé '!Ontableau un peu au noir. Néanmoins, on se sent pl'is d'une certaine angoisse, en lisant les pages où il montre le peu d'efficacité qu'eut pour notre défense la flotte de 1870, et que depuis, on n'a fait que très peu de chose pour adapter notre matériel aux nécessités nouvelles de la. guerl'8 maritime contemporaine. De 1871 à 1885, en effet, notre marine a été comme abandonnée. Au lendemain <le nos désastres, son budget des d~penses qui s'étaiL élevé de 1862 à 1870, en moyenne, à 2LO millions par aa, fut réduit 11!6 millions. « Si l'on remarque « tlit M. Pène-S1efert, que les dépenses coloniales qui ne contribuent en « rien au maintien de notre puissance navale fureut portées de 35 millions à « 4./ivers la même époque; si l'on se souvient que les approvisionnements dos « arsenaux, considérables avant 18-70 et affectés aux besoics divers de la ~ défense nat1ouale ne furent pas remplacés, on pe~t dire que le budget de la « marine subit alors une véritable amputation. » Comment, dans ce~ 1.:Jntl1tioa.s, l'organisation de notre flotte ne se.rait-elle pas aujourd 'hni défectueuse, surtout étant donné le:i!.moJes de tactique et de construction nouvelles adoptés par les nations européennes nos ennemies. Nous ne saurions suivre M. Pène-Siefert dans ses considé1·ation11sur le développement de plus en plus grand que devrait prendre selon lui la construction de~ bt1.teaus: torpilleurs. li y a là d'ailleurs un problème technique qui n'est pas de notre compétence. Les détails qu'il. donne sur l'infériorité de notre flotte sou~le rapport de la vitesse et les exemples pris dans la campagne tonkino-chinoiss sont navrants. Voici eu quels termes M. Pène-Siefert, partisan ainsi qu·on le ve1·r11.plus bas de la politique coloniale, apprécie cette oam-
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