La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE point absolument indispensables, et le lecteur ét:=.ntmis tout de suite on présence de faits généraux concrets, l'auteur peut entrer immédiatement dans la philosophie de son sujet, rechercher la nature des tendances révélées par lef, constatations numériques déjà faites. Les courbes des graphique~ budgétaires « nous donnant, dit-il, (p. 8) sous une forme simple et saisissante, l'aspect matériel de notre évolution collective, dans leurs moindres oscillations, vous surpendrez la répercussion du mouvement ~ocial, exactement comme le tracé des changements accomplis dans un centre nerveux reproduirait un phér.omène psychologique dans sa continuité et ses variations. >> L'influence réciproqu"' de l'évolution sociale et de l'évolution des impôts ainsi acquise, l'auteur entre plus avaut dans l'analyse des faits en étudiant leul' loi de croiss~nce et de décroissance, avec les causes qui ont provoqué l'augmentation et la diminution des dépenses et des recettes, dans les divers chapitre,:; du budget. Ainsi, un fait général se dégage au rremier coup d'œil jeté sur le tableau compHatif des budgets de dépenses de 1832 à 1882. C'est leur accl'oissement constant. Cet accroiseement se manifeste, non seulement pour la Belgique, mais encore pour l'Europe entière, dont le total des budgets, évalué par Mulhall, rlans Progress of nations, à 157 millions de livres sterlings (3,925,000,000 de francs) pour 1820, est passé, en 1879, à 572.000.000 de livres (14,300,000,000 de francs). Nous ne saurions entrer ici, on le conçoit, aans l'examen des causes diverses qui ont provoqué cet accroissement génél'al des charges budgétaires. Nous devons en signaler une, cependant, très bien mise en lumière par M. Denis et qui ressort d'une façon évidente, quand on ê'ompâl•eles denx périodes budgétaires de 18~6-1862, 1862- 1878. Durant la première période, les budgets des grandes puissances, la France, l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche et la Russie se sont accrus ensemble de 38 Oro. Pèndant le même nombre d'années, de 1862 à 1878, l'accroissement a été de 54 0/0 ! Cette progression effrayante est due en partie à l'aggravation du système militaire, qui, au cours de ces trente derniè,·es années, a donné un si éclatant dêtnenti aux prévisions sociologiques d'Augnste Comte. Le fondateur de la philosophie positive considérait, on le sait, l'ère de la « civilisation militai l'e» comme définitivement close, et l'ère de la civilisation industrielle ouvel'te. Avec beaucoup de socialistes de son temps, et méme un trop grand nombre cle socialistes contemporains - il avait compté sans l'important facteur des races èt des nationalités dont la constitution se jµoursuit à travers et parallèlement avec le développement des organismes sociaux et de l'humanité elle-même. Les dèclatnations contre l'armée ne sout de rien, dit avec raison, M. Denis. Les èauses de son maintien persistant résident, en effet, ailleurs quf; dans la volonté des gouve1nants et de ses classes dil'igeantes comme on a trop coutuma dë le dire. Héu1·eusement que le développement du militarisme n\ist pas la seule cause ae l'aècl'oissement des dépenses budgétaires. Il en est une autre qui a une ififlueilce considérable sur la mRrche des budgets et dont le résultat bienfaisant clôit fious console1· en partie des tristesses inspirées par l'aggravation du budget dê la guerre. Je veux parler du o: développement intensif et extensif des fonctions de l'Etat par l'accroissement du nombre et de l'importance de ces attribùtions 11>. Cette extension des fonctions de l'Etat, que le philosophe Spence1· cons!dèt·e théoriquement comme opposée aux lois du prog:rès révélés par l'évolLitiùh historique, est aujC1urd'hui un fait général cont1·e lequel ne sauraient prévàloir les ingénieuses théories de l'individualisme, même appuyées sur Je fontl! scientit1que qui leu1·sert de base, chez le grand philosophe anglais. Chez tous les peuples, en effet, l'extension des fonctions de l'Etat s'accuse avec une •

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