REVUE DES LIVRES 375 irrésistible tendance. En Angleterre, pour cite1· un pays tant de fois invoqué par les économistes adversaires de la multiplirité des fonctions gouvernementales, les dépenses des divers services publics se sont accrues de 50 0/0 de 1817 à 1837; elles triplent de 1837 à 1857 et doublent de 1857 à 1877 ( LeroyBeaulieu). li en est de même en Belgique et partout. - Dans cette catégorie des causes d'augmentations de dépenses, doivent être comprises égalemon t'celles résultant du développement de l'outillage industriel et de l'extension du domaine public (chemins de fer, mines, canaux, forêts, etc.). Cotte cause d'accroissement n'apparaît pas très importante en France, où le t!omaino public a été gaspillé par les divers gouverr.ements qui se sont succodé d()puis 1789 et aliéné au profit cl'une classe particulière de la nation. i\Iais en Allemagne, en Belgique, en Italie, le domaine public a pris une extension considérable, par suite de la reprise effectuée pa:' l'Etat de divers moyens ,le transports et de communications. M. Denis passe ensuite à l'étude du budget des recettes pour lequel, ainsi que pour celui des dépenses, il a pris soin de réduire et de classer les chiffres dans ses graphiques, de façon à nous pr•)?enter immédiatement des faits concrets qu'on peut embt·asser en un COUi)d'œil. Là, encore, la méthode d'investigation analytique et inductive va not1s permettre de saisir, rapidement et sans fatigue, avec une lumineuse clarté, les tendances générales de l'évolution de l'impôt. Tout d'abord, les budgets des recettes subissent dans leur rendement des osc,1lations périodiques qu'une analyse des périodes dans lesquelles elles se manifestent nous montre être en rapport constant avec les phases d'expansion et de dépression économiques. Ici, une analyse minutieuse, dans laquelle nous no saurions entrer, des causes qui président à l'accroissement ou à la diminution du rendement des impôts. L'auteur en déduit les faits généraux suivants, qui sont autant de pas assurés dans la question si grave et si délicate de la justice dans la répartition fiscale : 1° Le rendement des impôts est subordonné à l'ensemb\e du mouvement social de la richesse; 2° Les accroissements du budget sont subordonnés au produit des péages et à la fonction économique du transpOl't; 3° La baisse des prix, qui correspond aux périodes de dépression écooomique, tend à rétablir l'équilibre budgétaire. (Nous au1·ions à faire quelques réserves sur ce point que M. Denis appelle << une application de la loi de Malthus à l'équilibre budgétaire », mais nous ne commentons paa, nous analysons.) Ces faits dégagés démontrent que, contrairement à l'us11ge, pres<ijue général, hélas! d'établir la quotité des impôts suivant la loi empirique du 1·endement constaté, on peut et l'on doit effectuer l'établissement d'un budget de recettes dont la fixation préalable s'adapte aux nécessités c,e la période économique correspondante. A cet effet, l'auteur entre dans le nœud de la question : les sources du revenu de l'Etat dont l'examen va lui permettre de mesurer le deg1·é de justice raalisé dans la perception de l'impôt. li adopte la division d'Adam Smith : Le Revenu du domaine (mines, forêts, etc.,), la taxe (poste, chemin de fer, etc.), et l'impôt proprement dit. (Nous faisons également nos réser·ves sur la théorie <lela taxe, d'après laquelle l'Etat n'aurait pas à bénéficier sur les services rendus.Nous n'avons jamais cru,en général,à la possibilité d'organiser l!i fameuse équivalence entre le prix et le coût des choses ou des services, développés très brillamment par Proudhon, mais péremptoiremeut réfutée par Bastiat. A plus forte raison,, le problème de cette équivalence nous apparaît-il insoluble en matière de taxation budgétaire.) Le caractèrn communiste de l'impôt est très bien mis en lumière· par M. Denis. « Dans l'impôt dit-il, le rapport contractuel (encore une expression malheureuse de Proudhon) ne s'établira plus enti·e l'individu et l'Etat pou1· la rémunération des se1·vices de l'Etat, mais entre l'ensemble des individus au profit desquels s'accomplissent les fonctions de l'Etat et l'Etat même. >
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