34() LA REVUE SOCIALISTE et, treize ans après sa chute, la Révolution vint réaliser son programme. Malheureusement, cette Révolution de 1789, dont nou~ célébrons aujourd hui le centenaire, ne dura, en réalité, que dix aunées. Ce ne fut que de 1789 à 1799 que l'idée des Sully, des Vauban, des Quesnay et des Turgot fut appliquée par la suppression des impôts indirects et la taxation de la terre. Le xvII1• siècle, le siècle de l'Encyclopédie, fut clos par le coup de force de Brumaire et, dès les premières années du xixe, un petit bourgeois corse restaura, pour le plus grand aYantage des bourgeois français, successeurs des seigneurs, le privilège qui avait, durant des siècles, soustrait ceuxci à l'obligation de payer l'impôt. La Révolution est donc à faire encore après tant d'années. Espérons que nous réaliserons enfin son programme au moyen de l'impôt unique sur le sol, et pour donner à C8tte grande idée plus de force en la rattachant à sa tradition véritable, honorons la mémoire de ceux qui l'ont formulée les premiers dans notre monde moderne. Je lève mon verre en l'honneur des précurseurs. (Bravos répétés.) M. ALUE11T REGNARDboit aux droits du travail. Il est heureux, lui aussi, de saluer les apôtres de la nationalisation du sol. Ce n'est pour lui d'ailleurs qu'une étape, mais une étape essentielle vers la socialisation nécessaire de tous les moyens de production. Les ,-rais titres de l'homme à la possession du sol ne proviennent •ni de la chimère d'une origine divine, ni de la soi-disant doctrine de l'état de nature : ils se fondent, ici comme ailleurs, sur le tra- ;-ail. Sans doute la terre est pour nous le représentant direct de la nature incréée; c'est la mère féconde d'où nous tirons, par le secours du soleil, notre force avec notre subsistance; mais c'est une mère éternellement fécondée par le travail et les sueurs de ses enfants. Que serait-elle, en effet, sans l'homme sorti de son sein, il est vrai, mais qui a façonné sa surface, pour ses besoins, à travers d'innombrables générations? Voila les titres réels a la possessiÔn du sol, titres indiscutables, visibles à tous les yeux partout où il y a des moissons, des vignes, des vergers, des routes. Le sol appartient collectivement à la nation qui l'a occupé et fait fructifier pendant des siècles, et non pas à tel ou tel individu qui ne peut jamais figurer que pour une part infime dans le travail des générations successives. L'orateur termine en associant à son toast les dames qui ont bien voulu honorer et embellir de leur présence cette réunion où ont été prises des résolutions si importantes pour l'affranchissement du prolétariat. (Vifs applaudissements.)
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