CONGRÈS INTERNATIONAL AGRAIRK 339 énormes charges qui pesaient sur lui. Il avait un ennemi personnel, c'était le luxe. Quand il voyait a la cour des seigneurs couverts de velours et d'or, il disait : - « Voilà des gens qui portent leurs moulins et leurs fermes sur le dos. » Retiré du pouvoir, après le coup de couteau de RaYaillac, Sully écrivit dans sa retraite de longs mémoil'es. Mais il n'entreprit point l'exposé théorique de ses vues sur le sol. Cet exposé fut ébauché dès le début du xvm• siècle par l'illustre ingénieur de Vauban (1633-1707) dans le projet de « taxe unique » qu'il présenta en 1703 sous le nom de Dixme royale. Il fut fait quelques années plus tard par François Quesnay (1694-1774), mêdecin de Louis XV et fondateur de l'école d'économistes français, qu'on a appelée« l'école des physiocrates ». Quesnay considérait les agriculteurs comme constituant seuls la classe productive. Selon lui, « la terre, donnant seule lieu à la valeur, doit seule porter le poids de l'impôt ». Cette thèse souleya une discussion que l'on peut considérer comme l'origine de l'économie politique française. L'un des disciples <le Quesnay, Gournay, s'écarta de l'école et donna dans ses écrits la. prééminence à l'industrie sur l'agriculture; mais les autres physiocrates, notamment Mercier de la RiYière, Dupont de Nemours et le marquis de Mirabeau, père du gtand orateur, soutinrent dans de nombreuses études les yues de Quesnay. Ils demandaient tous la sûreté de la propriété rurale; ils voyaient dans la terre cultivée l'unique source de la richesse et réclamaient avec force la suppression de tous les impôts indirects. Après le penseur de,-ait venir l'homme d'action : ce fut Turgot (1727-1781). D'abord conseiller,.puis intendant de Limoges en 1761, il fut nommé en 1774 contrôleur général des finances. Il arrivait au ministère avec un vaste plan de réformes qui, si elles eussent été réalisées, eussent opéré dès lors, et d'une manière toute pacifique, la Révolution attendue. II demeura cependant au pouvoir assez de temps pour édicter tout un programme de grandes réformes : unit.é de poids et de mesures, - suppression des jurandes et maîtrises, •- abolition des douanes intérieures, - rappel des protestants, - liberté de la circulation des grains. II alla plus loin encore, il voulut abolir la corvée et la remplacer par un impôt payé par la noblesse et le clergé. Quand ces classes propriétaires du sol se virent assujetties à supporter une part de l'impôt, elle se révoltèrent et Turgot tomba comme ~tait tombé Vauban. II tomba pour aYoir tenté d'anéantir la féodalité dans l'impôt en affranchissant le travail et en taxant la propriété. Cependant les réformes tentées par Turgot, durant sa trop courte administration, avaient suffi pour gagner le peuple à l'idée nouvelle
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