La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

CONGRÈS lNTEH.NATIONAL AGRAIRE 337 Certaines personnes peu informées croient qu'ici, en France, le mouvement agraire n'a pas de raison d'être, et que les villes surtout ne s'y intéresseront. jamais. C'est une erreur. La première ville de France, Paris, sent plus vivement qu'aucune autre le besoin d'une réforme fiscale appuyée sur la réforme agraire. Nous avons à Paris des octrois qui entravent notre activité et enchérissent les consommations; ce n'est pas d'aujourd'hui qu'ils provoquent des plaintes et des mécontentements. La population parisienne en réclame depuis longtemps la suppression sans avoir jamais trouvé le moyen de les remplacer avantageusement. Or, l'étude de la situation agraire à Paris nous four·nit précisément ce moyen. Il y a à Paris· quantité de terrains non bâtis rle très grands prix, dont·la valeur augmente d'année en année, grâce aux travaux de la ville. Ces terrains sont à peu près exonérés de l'impôt. La propriété bâtie, c'est-à-dire le travail, supporte seule l'impôt foncier; tandis que la propriété non bàtie, c'est-à-dire l'oisiveté, ne paie que des contributions dérisoires. Cependant la propriété inactive profite aut.ant que la propriété active des dépenses faites en trottoi1·s,éclairage, plantations d'arbres, nettoyage, anosage, police, égouts, marchés, écoles, etc. Qui encaisse la plus-value acquise par tous ses travaux publics? Les spéculateurs! Ceux-ci s'enrichissent évidemment aux dépens de la population. Non seulement les terrains nus ne paient pas d'impôts directs, ou très peu de chose, mais ils ne participent en 1·ienaux impôts indirects, puisqu'ils n'ont pas d"habitants. La perte est donc grande pour la ville, pour la caisse municipale. Ce sont les contribuables qui pâtissent de cet état de choses. Ils en souffrent en payant plus d'impôts, et ils en souffrent encore davantage sous d'autres rapports. En effet, l'inoccupation d'un terrain est une dépréciation pour les propriètés environnantes. Un sol nu dans les villes est aussi nuisible qu'une terre en friche à la campagne. Le vide éloigne le 1ravail; il fait Pisolement. L'inactivité est contagieuse. Il y a donc utilité publique à provoquer et stimuler l'activité des propriétaires en les taxant sans tenir aucun compte de l'usage qu'ils font ou ne font pas de leur emplacement. S'il y avait des exonérations à accorder, la propriété bâtie les mériterait bien plus que la propriété non bâtie, puisque celle-ci est une plaie, tandis que cellelà est un bienfait. L'impôt unique, l'impôt métrique, sera donc aussi salutaire et efficace dans les villes que dans les campagnes. Ce sont· ces considérations qui m'ont amené à proposer au Conseil 22

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