La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

332 LA REVUE SOCIALISTE propriété complète et définitive, avec le droit d'en disposer comme il l'entend, de le céder, ile le détruire même. La définition actuelle cludroit de propriété est cloneex.acte, quand elle s'applique aux fruits du traYail, à la propriété mobilière, aux bàtiments et construction~, aux améliorations foncières, à tout ce que l'homme c1·éeou dépose sur le sol. Pour toutes ces choses le possesseur peut, sans nuire à personne, jouir du plein droit d'user et d'abuser, du Jus utendi et abutendi, tel que l'entendait le législateur romain. Mais il ne peut plus en êt.re de même évidemment, s'il s'agit du sol. Ici, l'objet même du droit est d'une toute autre nature, d'une origine absolument différente, d'une destination complètement distincte. D'abord, comme origine, le sol n'est pas un fruit du travail, il existait avant l'apparition de l'homme. Ensuite, sa nature e~t différente. Le sol est de nature essentiellement immobile et indestructible; on ne peut ni le déplacer, ni le remplacer; on ne peut ni l'accroître, ni le diminuer; son étendue est en dehors du pouvoir de l'homme; sa surface est limitée comme la planète elle-même. Enfin, sa destination n'est pas la même; son rôle économique et social est tout autre; son importance natiouale et humanitaire n·est pas comparable à celle des produits du travail. La terre est indispensable à l'homme, au travail; nulle richesse ne peut être produite sans elle. Celui qui . n'a pas d.eterre n'est qu'un esclave; il est à la merci du propriétaire. Il y a donc nécessité absolue ile définir la propriété du sol tout autrement qu'on ne l'a fait pour le travail. Accorder le droit d'abus, le jus abutendi, au propriétaire foncier, comme l'ont fait les législateurs romains, et après eux tous les législateurs qui ont suivi la tradition romaine, c'est accorder à quelques hommes le droit de vie et de mort sur leurs semblables. 11est vrai que ce droit de vie et de mort était reconnu par l'ancienne législation qui, en confondant tous les éléments : la terre, l'homme, et les fruits du travail, avait, par cela même, justifié l'esclavage. Nous avons déjà diminué la triple confusion en abolissant l'esclavage domestique. La logique demande aujourd'hui le complément de la réforme, en faisant cesser la dernière confusion entre la terre et le travail. Il faut désormais distinguer deux espèce~ de propriétés : celle de la terre et celle des fruits du travail, en . accordant à celle-ci seulement le Jus abutendi qu'il faudra refuser à l'autre, si l'on veut détruire la dernière forme de l'esclavage, celle de l'homme sans terre. Pour rendre hommage à la Yérité, nous devons constater que la lumière sur ce point capital a été faite d'une manière éclatante : non par un légiste de profession, non par un économiste de la vieille école, mais par un homme de génie qui a su réunir à la fois les hautes qualités du moraliste, de l'économiste et du juriste. Dans

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==