La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

330 LA REVUE SOCIALISTE la production, car il ne permet à personne de suivre ses aptitudes. Le travailleur est conduit par l'influence du milieu, à adopter· tel métier, parce qu'il n'y en pas d'autre à sa portée. Au point <levue purement intellectuel, ce régime est rlésastreux; il exagère l'esprit analytique aux dépens <le ! 'esprit synthétique, ainsi qur l'ont très bien remarqué les grancls philosophes. Cette tendance funeste à la üispersion des spécialités n'est, du reste, que le résultat de l'accapa1°ementclusol par une minorité, et de l'asservissement des masses ouvl'ière~. En prélevant le tribut sur le travail, les maîtres ont séparé la production de la consommation, les débouchés <leleurs sources. Dans ces conditions, la société s'est <li visée en deux classes : celle des travailleurs d'un côté, celle des jouisseurs de l'autre. Une partie de l'humanité a la spécialité des travaux pénibles, une antre la spécialité des occupations agréables. Les uns consomment sans produire; d'antres produisent sans consommer que ce qui est sti·ictcment nécessaire à l'entPeticn de la , machine. '1 1elle est la clivision clutraYail, suivie clEI la clispersion rles spécialités. C'est tout simplement monstrueux l La réforme agraire remplacera cette clispersion funeste par le groupenient des specüzlités. La dispersion est l'effet du tl'ibut, elle rétrécit les aptitudes et favorise l'avilü,sement des salaires. Le groupement est le produit de l'indépendance; c'est ce que l'on peut déjà constater dès à présent. Dès qu'une nation entre dans le mouvement international, elle s'efforce de se rendre indépendante des autres, en produisant elle-mème ce qu'autrefois elle faisait venir du dehors. Tous les peuples montrent leur aptitude a tout produire économiquement. Nos exportateurs s'en aperçoivent, puisqu'ils se plaignent amèrement de la concurrence toujours croissante gu'ils rencontrent sur les mat·chés étrangers. Nos industrielR trou• vent partout clenouYeaux concurrents. Or, ce qui se manifeste déjà maintenant entre nations SA manifestera plui-tard avPcbien plus d'énergie entre les provinces, les cantons et 1er.c;ommunes devenus indépendants par la posRessiondu sol. Les avantages du groupement. des Rpécialités ont du reste été sentis par certains grands industriels, qui ont réuni dans leurs établissements toutes les branches du travail, de manière à avoir sous la main tous les approvisionnements nécessaires à la fabrication principale .• C'est encore dans le groupement des Rpécialités que s'affirment le mieux les avantages des grands magasins, où l'on va de préféPence parce que l'on est à peu près certain de trouver tout ce que l'on désire. 01', ce que font les grands magasins pourrait être fait pour la production dans chaque localité; Ïl suffirait pour oela d'être dans de bonnes conditions. Le groupement des spécialités est.le oomplément logique et naturel

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