La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

CONGnÈS INTERNATIONAL AGRAIRE 329 nement de ces lois ne sera plus le même sous un régime d'égalité agraire que sous le régime des latifundia. Sous le règne des grands propriétail-es, les lois économiques subissent l'influence de la contrainte; rien ne se fait librement, tout est forcé. Les lois de l'offre et tle la demande not.amment, et celles de la concurrence, sont régies par le despoti ·me foncier. Il en est de même de la fameuse loi de la division du travail. Aujourd'hui la division du travail est aussi forcée que la concurrence. Car il est certain que le non-propriétaires, les salariés, les fermiers, ne sont pas libres clediviser le travail comme ils l'enten,lent, puisqu'ils ne sont pas maîtres de la production. C'est.le maître du sol qui dispose de la loi de la division du travail, comme il dispose de la loi de l'offre et clela demande, en condamnant le sol au chômage. A entendre nos économistes orthodoxes, la loi de la division du travail fonctionnera toujours, comme elle a fonctionné jusqu'ici; toujours elle ira en se développant avec les progrès de la civilisation. Selon eux, la division du travail se continuerait entre nations, comme elle a commencé entre les diverses branches de la production. Tel peuple ne ferait que de l'agriculture, tel autre de l'industrie; l'un se bornerait aux œuvres d'art, l'autre aux travaux intellectuels et. scient.ifiques. Dans tel endroit, on ne fabrique1~ait que des bas,dans un autre des chapeaux, et ainsi de suite. Il y aurait même des localités réservées aux travaux les plus vils, d'autres aux occupations les plus nobles. Voilà l'idéal rêvé par les économistes de l'orthodoxie. Eh bien, disons-le : si tel était l'avenir résené à l'humanité, il faudrait plaindre nos arrière-petits fils. La spécialisation dans ces conditions ne ferait que des idiots, réduits à contempler perpétuellement la même idée, et comp!ètement étrangers à tout le reste commenous pouvons parfaitement le constater aujourd'hui dans les classes ouvrières de not.remonde industriel. Certes, la division du travail est une force économique, dont on ne peut pas se passer. Mais une autre force économique, non moins grande et non moins nécessaire à l'épanouissement de toutes les facultés intellectuelles et physiques, quoiqu'elle ait été à peine remarquée jusqu'ici, c'est le groupement des spécialités. Aujourd'hui la division du travail est généralement accompagnée, non du groupement, mais de la dispersion des spécialités, et. par suite de lîsolement de chacune d'elles et de l'isolement complet des trava,lleurs soumis à ce régime. C'est ainsi que dans certains pays, on voit des populations entières cqndamnées dès leur naissance au seul et unique travail des mines, sans lamoindre possibilité de choisir une autre profession. Ce régime de dispersion des spécialités est absolument nuisible à.

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