La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

328 LA REVUE SOCIALISTE pour prospérer, de tels déplacements de matière. Ce n'est pas dans le poids des corps que se trouve la vraie valeur, mais dans les idées qui y sont renfermées. On peut même dire qu'en général la valeur des produits du travail est en raison inYerse de leurs poids. Il y a généralement plus d'intelligence dépensée dans les petits objets que dans les gros. S'il en est ainsi, le progrès commercial ne se mesure pas au poids des marchandises transportées, mais à leur valeur. Une nation mesurera bien mieux sa prospérité par l'accroissement de ses communications postales, télégraphiques et téléphoniques, de son commerce de presse, de librairie, d'œuyres d'art et de science, d'articles cle luxe industriels et agricoles, de spécialités en tous genres créées par ses artistes et artisans, et enfin par le nombre de ses voyageurs que par le développement de son commerce de matières lourdes. Si donc le commerce international des blés et aYoines, des pommes de terre et des fourrages, des légumes et de la viande, du bois et des boissons, et de tous autres produits susceptibles de culture uniYerselle,vient à climinuer,comme il diminuera certainement, lorsque le sol sortira des mains des classes oisiYespour être livré à la haute production internüve, il n'y aura pas pour cela éclipse, même partielle, de civilisation ; il restera toujours un commerce suffisant de produits exotiques reconnus impossibles ou trop c1ifficilesà acclimater. Quant au commei•cede produits industriels, artistiques, littéraires et purement intellectuels, il se déYeloppera d'autant plus, qu'ils seront placés sous un plus petit volume. Plus seront légers les Yéhicules de la pensée et du travail, plus seront nombreuses les communications intellectuelles. Moins on aura de bagages à emporter, plus il sera facile de Yoyager. Si l'àme pouvait se dégager momentanément du corps, l'infini lui appartiendrait ! On voit cloneque le Yéritable libre échange n'aura pas pour effet de développer toutes nos importations et exportations indistinctement, mais seulement celles qui transporteront plus d'idées que de matière. Le commerce extérieur pourra augmenter quant aux valeurs; il diminuera quant aux poids. Du reste. avec le libre échange absolu et complet, le commerce s'organisera tout seul selon les nouveaux besoins créés par la nouvelle répartition de la propriété terrienne. On n'aura pas à lui tracer sa voie; il suivra sa pente aussi naturellement que l'eau qui coule. Si nous supputons à l'avance les changements de direction des grandes lignes commerciales, ce n'est nullement dans la pensée que le législateur devra jamais intervenir, mais uniquement parcP qu'il est utile de prérnir toutes les conséquences possibles des réformes proposées. Ces conséquences seront nécessairement conformes aux lois économiques, mais il faut montrer que le fonction -

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