La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

CONGRÈS INTERNATIONAL AGRAIRE 327 ouvrieres; ils trouveront facilement à écouler leurs produits chez leurs compatriotes. Or, cette certitude de débouchés locaux sePa un gmnd stîmulant pour notre agriculture et notre inclustrie. Le commerce local sera en pleine activité, tandis que le commerce d'exportation climinuera. Plus on consommera à l'intérieur, moins on exportera. • Il en sera de même <les approvisionnements. Au lieu de demander à l'importation des denrées alimentaires et des matières premières que notre agriculture peut.facilement et à bon marché tirer de notre sol, nous puiserons ces denrées et ces matières à leut· source. Le sol n'étant plus fermé au travail nous livrera en abondance tous ses trésors. La production se développera à l'intérieur clans toutes ses branches et repoussera par conséquent la concurrence étrangère. Nos produits étant libérés de tous impôt~ et de tous tributs, s'obtiendront en plus grandes quantités et à plus bas prix. 'füut dangeP de concurrence étrangère disparaîtra· sans aucune entraYe a la liberté commerciale et par le seul effet du véritable libre échange. Les importations qui, ju~qu'ici, nous apportaient le chômage avec le tribut, cesseront, de même que les exportations sans retour qui épuisaient nos terres prendrnnt fin. Plus notre production rurale se développera, moins nous importe1·onsde l'étranger. Mais, s'écriera-t-on avec effroi : c'est de ·la harbarie cela' Comment! Plus de commerce extérieur? Plus de commerce urbain? Tout pour la campagne et la vie locale! Chacun chez soi et chacun pour soi! Mais alors que devient l'idéal absolu, humanitaire et universel? Chacun va-t-il se conflneP clans son égoïsme étroit et mesquin, sans souci du reste du monde? N'aura-t-on évoqué les grands principes de solidarité et de fraternité universelles que pour aboutir au triomphe de l'individualisme le plus sec et le plus circonscrit? Telle est l'objection dans toute sa force. Nous avons d'autant moins cherché a l'atténuer, que nous la tenons pour un fantôme que l'on fait disparaître en soufflant dessus. Il faut, dans l'étude du mouvement commercial, distinguer deux choses : les poids et les valeurs. Oes deux éléments ne suivent pas toujours le même mouvement. Les marchandises importées et exportées peuvent diminuer comme poids et augmenter en valeur, et vice versa. Dans nos sociétés modernes, c'est généralement le poids qui domine. Les poids augmentent souvent beaucoup plus que les valeurs. Tout observateur qui étudiera attentivement le mouvement du commerce extérieur, sera frappé de l'importance exagérée et toujours croissante des marchandises lourdes et des objets encombrants. Chaque année, les importations et exportations des grandes nations, se chiffrent par millions de tonnes, par milliards de kilogrammes. Or, une civilisation bien a,ssisene réclame nullement.

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