La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE n'est que l'agent chargé de prélever le tribut. L'Angleterre importe de l'Inde et de toutes ses possessions lointaines, des quantités considérables de marchandises qu·elle ne restitue pas en exportations. De même les propriétaires de terres situées a l'étranger, importent des fermages, loyei's et revenus, sans rien exporter en échange. L'Irlande exporte chaque année des masses (le produits en paiement du tribut extorqué par les landlords, qui habitent l'Angleterre. Tous les capitaux placés a l'étranger, soit, en tenes et fonds d'État. soit en actions et obligations de chemins de fer, mines, canaux, fabriques et manufactures, donnent lieu a des importations considérables au pt·ofit des pay~ créditeurs, et a des exportations aux dépens des pays débiteurs, sans aucun retour équivalent. Il n'y a pas la échange, encorn moins liberté; il y a seulement t1·ibut et dette. Aux Etats-Unis, nous avons de vastes domaines appartenant a des propriétaires éteangers, surtout anglais, qui les louent par petites fermes. Les redevances dfl nos fermiers se traduisent par des exportations non suiYies d'importations. En outre, d'énormes capitaux. étrangers ont été placés dans toutes nos gran(les entreprises; nous devons payer tout cela en expot·tations non retom·nées. Il est Yrai que nom; avons aussi des capitaux placés a l'étrangei· et que nos· nationaux possèdent des terres ùans d'autres pays; nos capitalistes et nos propriétaires occasionnent donc un mouyement d'importation non suivi d'exportation. Cesimportat.ionssont balancées par les exportations de nos fermiers et débiteurs; mais la balance n'atteste pas un échange, puisque ceux qui importent ne sont pas les mêmes indiYidus que ceux. qui ex.portent.. Nos exportations se font. par des débiteurs, et nos importations par des créanciers; il y a équilibre, mais non échange et compensation. Une poche se vide; l'autre se remplit : telle est la balance commerciale. A l'inl,ét'ieur, c'est la même chose. Nos grafüls propri~taires de ten·es, de fermes, de mines, de chemins de fer, vivent rlans les villes, où ils importent leurs revenus sans rien exporter en retom' rlaus les Yillages et les campagnes dépouillés. Nos fermiers, locataires, débiteurs et trayailleurs de toute:, catégories, exportent leurs marchandises en paiement de ce qu'ils doivent, sans rien importer. Aucune de ces importations et exportations dans l'intérieur du pays, de province à proYince, ou des campagnes dans les capitalf!,;. ne repeésente un échange, mais un tribut. Tel est le commerce actuel 1 Nous avons une toute autre manière de concevoir le commerce et le libre échange. Ce que nos économistes orthodoxes nomment libre échange est la plupart du temps un commerce d'où l'échange el la libet"té sont absents. Le meurt-de-faim qui se -roit obligé de

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