La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

DES SERVICES PUBLICS 307 plus apparente que réelle. En effet, des attributions actuelles de l'Etat, les unes, comme la guerre et les cultes, sont complétement supprimées par Proudhon, et c'est avec raison; les autres, telles que la construction des routes, des canaux et des Yoies ferrées, et en général ceux des trayaux publics qui ne sont pas purement locaux, Proudhon les fait entrer da_nsles attribution· du dépal'temcnt (de la proYince); mais nous croyons que c·e:;t là simplement substituer un mot à un autre, et que les départements dans co cas devieunent tout simplement des états. L'exploitation des chemins de fer se f'm·aitpar des compagnies ouvriéres qui contracteraient un engagement avec les départements. Quant à la plupart des ~e1:vicespublics communaux, Proudhon les maintient et même il en crée un nouveau, celui d'opérer la liquidation de la propriété du sol et des immeubles. Nous pouvons donc dire, ~ans crainte d'être démenti, que sauf le nom d'Etat, accepté dans certains de ses ouwage ·, mais répudié clansd'autres, et sauf la concession de l'exploitation de certains services particuliers a des compagnies ouvrières (les chemins de fer notamment), Proudhon place les services publics dans les attributions d'une sorte d'Etat départemental ou bien de la Commune. Est-il besoin de faire remarquer que la plupart des services publics constituent de fait un monopole? Il_est dans tous les cas bien dangereux de les abandonner à des compagnies, ces dernières fussent-elles même exclusivement composéesde travailleurs? Par suite de ce monopole de fait, les compagnies se trouvent toujours dans une situation privilégiée qui favorise la spéculation, l'exploitation du public. Pour savoir jusqu'à quel point ce système des concessions constitue un véritable escamotage de la fortune publique par les barons de la finance, nous renvoyons au Manuel du Spéculateu1· de Proudhon et à la Spéculati'on devant les tribunaux de Georges Duchêne (1). Certes, la concession des chemins de fer, des mines, etc., à des compagnies ouvrières n'aurait pas, du moins dans le début, le même caractère d'exploitation effrénée qu'ont acquis les compagnies financières, actuellement concessionnaires de ces grands services publics. Mais n'oublions pas que la moderne aristocratie capitaliste, elle aussi, est sortie du Tiers-Etat; n'oublions pas qu'avant d'être ce qu'ils sont aujourd'hui, les haut-barons de la finance (ou sinon euxmêmes, du moins leur père ou leur aïeul), ont été des travailleurs, placés dans une situation privilégiée. Gràce aux perfectionnements incessants des agents mécaniques, grâce aux nouvelles applications (1) Voir aussi un ouvrage plus ancien, mais qui a cependant conservé en grande partie son actualité : les Juifs, rois de l'Epoque, Histoire de la féodalité "/inancière,par A. Toussenel.

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