La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

296 LA. REVUE SOCIALISTE le trouver. Pas un sur un million parmi les prolétaires n'arrive à s'élever au-dessus de ses camarades, à moins de dons extraordinaires ou de chance étonnante, ou des deux à la fois. Les gérants doivent nécessairement être tit·és de la classe qui éprouye les bienfaits de l"éducation et de la culture sociale; et leurs appointements, bien qu'ils diminuent rapidement avec l'extension de l'instruction et la croissance conséquente du « prolétariat intellectuel », sont encore éle,·és. Un directeur très capable et d'une grande expérience yaut maintenant 20.000 francs par an, à condition que son poste ne l'oblige pas à dépenser les deux tiers de ses appointements pour « paraîtt·e )), au lieu de les dépensel' pour la satisfaction de ses facultés. Cependant quand on considère que les manœuvres gagnent moins de 1.250 francs par an (50 livres sterling) et que la demande de manœuvres est nécessairement beaucoup plus grande que la demande de directeurs capable; bien plus, qu'il existe une proportion inYerse entre eux, puisque le talent de l'organisation acquiert cl 'autant plus de yaleur qu'il peut diriger une plus grande quantité d'ouvriers, on admettt·a que 30.000 francs par an représente une immense « rente du talent)), Mais si les ayantages sociaux qui constituent une partie indispensable de l'équipement des concurrents pour des po~;itionssemblables, étaient possédés par des millions au lieu de l'être par des milliers, cette rente baisserait considérablement. Aujourd'hui la tendance du système <lepropriété individuelle est de retenir les prolétaires à l'état de simples bêtes de somme. La tendance de la démocratie sociale est de les instruire, d'en faire des hommes. Par conséquent la municipalité démocratique et sociale ne serait pas longtemps surchargée par les « rentes du talent » qui ont durant le dernier siècle rendu les capitaines de l'industrie nos maîtres et nos tyrans, au lieu de nos serviteurs et nos chefs. On peut même concevoir qu'il viendra un temps où la rente du talent organisateur deviendra négative, tout étonnant que cela puisse paraître aux nombreuses personnes rendues tellement perplexes par les anomalies existantes, qu'elles considèrent plutôt comme un paradoxe utopiste que comme le plus évident et le plus inévitable des arrangements sociaux cette maxime : (< Quiconqueparmi yous sera le chef, sera aussi le serviteur de tous. )) La baisse de la « rente du talent)) profitera non [seulement à. la municipalité, mais aussi aux. rentiers qui existeront encore. Néanmoins, à mesure que croîtra le pre~tige de la municipalité, et à. mesure que les hommes -venont de plus en plus clairementJ que l'avenir lui appartient, les organisateurs capables accepteront de moindres appointements pour un emploi municipal que pour,.lun emploi privé; tandis que ceux qui seront même supérieurs aux organisateurs municipaux, ou qui, à titre de gens professionnels,

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