• LE SOCIALISME EN RUSSIE 279 spectacle de dissensions passionnées : les anarchistes bakounistes luttaient contre les partisans du journal « En avant 1 >>; les jacobins du Tocsi-n attaquaient les uns et les autres. Mais en Russie, en face du peuple des campagnes et de celui ùes fabriques, auquel on allait porter les paroles de la propagancle, en face de la prison et des travaux forcés qui guettaient leurs Yictimes et mettaient immanquablement fin à la carrière des propaganrlistes sans distinction de nuances, toutes ces dissensions disparaissaient. Les anarchistes, les jacobins, les partisans de l'En avant! distribuaient les mêmes brochures an peuple, l'appelaient à la même lut.te. Des centaines de jeunes gens et de jeunes filles prenaient part à ce mouvement grancliose.L'administration elle-même dut avouer que 37gouvernement!:, avaient été atteints par la propagande révolutionnaire. Les discours, prononcés par Sophie Barcline et le paysan AlexeieŒ deYant les juges dans une ~éance solennelle du tribunal, frappèrent d'étonnement et d'admiration tous ceux qui les entendirent ou les lurent : on ne s'était. pas douté jusque-là, que les idées socialistes eussent atteint ce degré d'expansion en Russie. Mais la propagande parmi les paysans était une œuvre lente et laborieuse-et le nombre des victimes était très considérable. Les prisons en regorgeaient.La Sibérie receYait sans cesse de_nouvelles fournées de transportés. Les rangs des apôtres s'éclaircissaient rapidement. On commença à douter de l'effet de la propagande, dans les campagnes surtout. On commença à croire que la lutte contre l'absolutisme demandait une attention plus concentrée, qu'il fallait porter plus de force de ce côté, tout en continuant, cependant, la propagande parmi le peuple. On crut qu'une attaque énergique contre le despotismd du tsar allait donner la victoire dans un court espace de temps. Ons'affermit encore davantage dans cette croyance lorsque l'impression produite en 1878 par l'acquittement de Vera Zassoulitch démontra que dans le pays presque tout entier, les tendances libérales avaient acquis beaucoup plus de terrain qu'on ne pouvait le croire. Mais les libéraux russes, dépourvus de toute organisation ou tradition politique, de.tout dévouement capable de les soutenir dans la' lutte contre l'absolutisme qu'ils détestaient, ne pouvaient jouer un rôle politique influent dans des conditions si difficiles. La jeunesse socialiste révolutionnaire seule devait à la fois combattre l'absolutisme et soutenir le drapeau socialiste. Alors le parti révolutionnaire russe, le parti de « La terre et la liberté • se scinda en deux. • Une fraction de ce parti, qui s'intitula « Tchernyï "Peredel", resta •sur le terrain du fédéralisme, du progràmme primitif. Cette fraction s'est transformée plus tard en « pa1-tisansde l'émancipation du travail >, enfin en « Union des socialistes démocrates russes • et
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==