278 LA REVUE SOCIALISTE neur. Ce groupe comptait parmi ses membres les plus influent~ Hertzen, qui fut plus tard le fondateur de la première presse typographique russe libre à l'étranger. Les jeunes gens transportés en Sibérie en 1849 étaient en majeure partie fouriéristes. Tchernychewsky développa d'une manière magistrale la critique socialiste de l'économie politique. Sous l'influence des icléeg,évoquées dans le pays par la propagande littéraire de Hertzen, de Tchernychewsky et de leurs dignes émules, le gouvernement du tsar, effrayé d'ailleurs par les ré,·oltes des paysans qui ne discontinuaient pas, se vit forcé de proclamer l'émancipation des serfs et d'introduire quelques autres réformes. Mais ici encore, l'absolutisme se montra dans toute son impuissance. Toutes les réformes d'Alexandre II furent gâtées dès leur début, parce que ce furent en majeure partie les ennemis les plus acharnés de toute action réformatrice qui furent chargés de leur exécution. Ce sont eux encore qui plus tard enrayèrent ces réformes dans leurs parties essentielles. Plus d'un quart de siècle après l'émancipation, le paysan russe se trouye ruiné et plus misérable au point '.de vue économique qu'il ne l'a été auparavant. Vers l'année 1870 les idées de Karl Marx avaient déjà pénétré en Russie. La langue russe fut la première dans laquelle apparut la traduction de son œuvre magistrale« Le Capital». La conviction, que le peuple ne pouvait être émancipé réellement que par la révolte des travailleurs eux-mêmes, de ceux qui forment le vrai peuple, devenait de plus ;en plus générale parmi les socialistes russes. Mais en Russie, le travailleur, c'était surtout le travailleur agricole, le paysan des communes de la Grande Russie. Les sympathies pour le paysan avaient créé toute une littérature réaliste qui, par son réalisme même, était nécessairement une littérature d'agitation sociale. Parmi la jeunesse intelligente russe on vit se répandre et s'affirmer une conviction, qui se formulait ainsi: « Nous devons tout ce que nous sommes au travailleur russe, surtout au paysan; notre devoir donc est de lui payer notre dette en travaillant au triomphe du socialisme.)) L'ébranlement produit dans les esprits par la Commune de Paris, se répercuta en Russie, et, en 1873, nous assistons simultanément à une ,éclosion nouvelle de la littérature socialiste russe à l'étranger et à un mouvement d'apostolat socialiste parmi la jeunesse russe : cette dernière se dirigeait en masse dans les campagnes et dans les fabriques pour porter le nouvel évangile au peuple. Ici,je dois attirer votre attention sur un fait qui s'est produit dans les cercles révolutionnaires russes et qui de nos jours encore continue à se produire. La presse socialiste russe, dont les écrits paraissaient à l'étranger en 1873et dans le cours des années suivantes, offrait le
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