280 LA REVUE SOCIALISTE devint de plus en plus sceptique quant aux résultats de la propagande parmi les paysans et au rôle de la commune agricole russe actuelle. Il' prècha l'impossibilité pour la Russie de suivre dans son évolution socialiste une autre voie que celle de l'Em·ope occidentale, c'est-a-dire l'avènement du capitalisme, la formation du prolétariat industriel, son organisation et son triomphe f:itur. <<L'Union des démocrates socialistes russes » a donné dernièrement a côté d'ouvrages de polémique, une série fort estimable de traductions des œuvres de Marx. et d'Engels, de Lafargue et de Guesde. L'un des membres de ce groupe, Vera Zassoulitch, dont. le nom est bien connu en Europe, travaille maintenant a une histoire cle l'Internationale. L'autre fraction, qui devint le parti de<<La Volonté du peuple», se centralisa comme-parti militant, sous la direction d'un comité exécutif. Tout en restant socialiste, tout en continuant la propagande parmi les ouv1·iers des villes qu'il essayait d'organiser et auxquels il destinait un journal paraissant sous ses auspices, il concentra surtout son action sur la lutte contre le gouvernement. Poursuivi <lela manière la plus cruelle, il répondit a des assassinats légaux par des attentats terroristes. Toutes les forces vives du pays affluèrent a lui, car le pays était écœuré par la pression policière. Ses rivaux mêmes appla\1dissaient a ses coups et ce fut l'un d'eux et des plus marquants, qui Yint a quatre heures du matin me réveiller, exultant a la nouvelle d'un des coups les plus terribles que le Comité de la <<Volonté du Peuple )) ait porté a sés adversaires. Ici encore, devant les péripéties réelles de la lutte, les dissensions théoriques s'effaçaient, car les adhérents de la<<Volonté du peuple )> croyaient a la possibilité de la propagande socialiste parmi les paysans, étaient partisans de la commune agricole et étaient plutôt disposés à soutenir que le déYeloppement économique de notre pays peut suivre une voie moins détournée que celle de la formation d'un prolétariat industriel sous la pression d'un capitalisme dominateur. Le gouvernement impérial, en face de cette attaque dirigée contre lui par un groupe de jeunes gens com·aincus, dut révolutionner toutes ses institutions administrati-rns. Un empereur tomba dans la lutte. Les socialistes révolutionnaires russes ont eu le bonheur de voir l'adhésion à leur parti des socialistes polonais du «Prolétariat», oubliant les b.aines nationales séculaires. Mais cette lutte terrible épuisa les forces du parti de la <<Volonté du peuple». Il y eut des trahisons,il y eut plusieurs catastrophes terribles; il y eut des scissions ; on Yit la méfiance se glisser paT'mi les correligionnaires : c'étaient des symptômes dangereux de démoralisation. L'organisation du parti s'affaiblit. Son comité disparut, la majorité de ses
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