La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

. LE SOCIALISME EN RUSSIE 277 passionné de la civilisation européenne; il était tout-puissant; il était soutenu dans ses aspirations par toute la partie intelligente du pays; le système du gouvernement. qu'il créa fut continué par tous ceux qui lui succédèrent sur le trône de l'empire russe. Jamais la monarchie absolue n'avait eu si beau jeu pour faire le bien d'un pays, pour s'appuyer sur les forces vives de la nation, si, par sa nature même, elle eût été capable de le faire. Eh bien, cette période de réformes civilisatrices, inaugurée par Pierre I••, fut précisemment la période où l'asservissement de la majorité des paysans russes fit ses plus terribles progrès, où des millions de cultivateurs libres devinrent serfs. Et au bout d'un siècle, toute la partie intelligente du pays, qui avait salué avec tant d'enthousiasme les réformes de Pierre le Grand, était passée dans les rangs de l'opposition. Jamais la preuve de 1'1mpuissance politique et morale d'une monarchie absolue ne fut plus co;icluante. Depuis lors, commença dans les groupes russes avancés la lutte contre l'absolutisme des tsars, la lutte contre le servage, du paysan, la lutte contre le régime économique qui avait abouti à ces deux plaies qui rongeaient la Russie. L'ami de Voltaire exila en Sibérie des hommes de lettres appartenant à. l'opposition et. eut a lutter contre la plus formidable révolte des paysans que l'histoire ait eu a enregistrer. Son fils voulut séparer la Russie de l'Europe par une muraille chinoise de décrets rigoureux. Mais la fenêtre ouverte par Pierre le Grand sur l'Occident ne pouyait plus se fermer et le souffle de la Révolution entrait fatalement par la. A la suite des'guerres contre Napoléon, les officiers russes rapportèrent de l'Europe les idées des sociétés secrètes politiques et les lutteurs de décembre 1825 avaient inscrit dans leurs programmes l'affranchissement des paysans a côté des projets d'une constitution libérale. L'avènement de Nicolas l"fut signaléparle supplice des conspirateurs pendus sur les bastions de la forteresse de Saint-Pétersbourg et par l'exil eri Sibérie de toute une phalange d'hommes qui représentaient au point. de vue moral et intellectuel la fleur de leur génération. L'ère des programmes purement politiques passée, le socialisme utopique appela les peuples de l'Europe a la réalisation de ses rêves enchanteurs. La question de l'organisation du travail surgissait au milieu de la lutte des partis politiques de l'Occident. Le manifeste des communistes appelait les prolétaires de tous les pays à s'unir entre eux ... En même temps nous voyons l'opposition en Russie s'imprégner de plus en plus d'idées socialistes, tout en restant immuablement l'ennemie de l'absolutisme des tsars. ·parmi leg questions, qui passionnaient un groupe d'hommes d'élite à Moscouet à Pétèrsbourg, dans les années 1835-45, le Saint-Simonisme avait une~place d'hon-

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