La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

274 LA REVUE SOCIALISTE bonds en Angleterre comme ailleurs ; il y en aura toujours, il y en aura pal'tout. Mais lesquels? les malheureux. qu'une rnauntise conformation cérébrale, ordinairement héeéditaire, condamne dans les siècles des siècles au supplice <luJuif Errant. De même qu'il y a des criminels par nécessité, il y a <lesmendiants par 1wédestination, des êtres qui, incapables de se plier aux exigences de la Yie en commun, semblent échapper à la juste définition d'Aristote, et n'ont 1·iendes caractères de l'homme en tant qu'animal social (1). Ceux-la n'assassinent pas, ne volent pas, en général; seulement, ils ne comprendront jamais que la société ait des droits sur eux et ils voudront toujours vivre aux dépens de la communauté. Pour eux, comme pour les criminels et les aliénés, pour tous ceux-là qui n'ont pas « la grâce>>,H y aura des manicomes, des maisons de refuge où on les gardera, - non pour les amendel', ce qui serait sans objet - mais afin de les isoler d'une société pour laquelle ils ne sont pas faits et à laquelle ils ne peuYent être que nuisibles. En dehors de cette catégorie Liedégénérés, parasites éternels de la Société, constituant d'ailleurs une minorité infime et auxquels on ne doit que l'internement, la troupe immense des malheureux, victimes pour la plupart de l'état social, doivent absolument être soulagés. Il faut revenir au système romain, il faut répéter ayec nos ancêtres de la Grèce et de Rome, aYecAristote et les Gracques, avec Montesquieu, avec la Constituante et la Co11Yention: cc Les secours publics sont une dette sacrée : l'Etat doit la subsistance a tous se::; membres.» Si c'est une obligation pour la Société, c'est forcément un droit pour l'individu et un droit qui ne reconnaît pas <le limites. Je n'ai jamais pu comprendre, poul' ma part, l'attitude de certains écrivains qui, tout en admet.tant l'obligation à cet égard pour l'Etat, nient le droit du citoyen aux secours. C'est de la logomachie pure. Il faut que chez toutes les nations ciYilisées, dignes de ce titre, on puisse dire comme en Anglete1·re,avec Blackstone : « Il n'y a pas d'homme si misérable, si abandonné, qui ne puisse réclamer de la section plus riche de la communauté, une pa1·t suffisante des nécessités de la vie, par le moyen des lois instituées en vue du soulagement des pauvres. >> C'est là un des modes d'argumentation familier aux économistes d'une certaine é?ole, entichés de la doctrine de la libre covcurrence, dont chacun peut apprécier en France, tout comme en Angleterre, les détestnbles effets. Je n'ai ni le temps ni mé'Ile la volonté de réfuter une pareille affirmation, effet d'un pur sophisme par ignoratio elenchi. (1) Dans une enquête 01·donnée pa1· le Comité de charité de l'Etat de NewY01·k, en 187~, le commissaire rapporteur attribue les causes de paupérisme à la paresse, à l'ivrognerie et à d'autres vices presque tous héréditaires.

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