La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

· DU DROIT A L'ASSISTANCE 273 « Y a-t-il quelqu'un, s'écrie-t-il, qui pt·éteude théoriquement, abstraction faite des difficultés pratiques, que la société ne manque pas gravement à ses obligations, lorsqu'elle laisse un de ses membres mourir de faim? La société n'est-elle pas fondée sm' un échange de senices? L'individu qui a rempli ses obligations euYers la collectiYité ne doit-il pas pa1·ticipel' à certains bénéfices, et la première condition de cet.te participation n'est-elle pas qu'il Yive? Enfin, l'Etat n'est-il pas l'intermédiaire qui doit assurer l'exécution de ces obligations réci J?l'Oques?(1) » Disons-le bien haut : il n'existe malhetll'eusement pas de système d'as istance capable de remédier d'une façon adéquate à la situation. Il faut que ron arrive a organiser la société, - et cela n'est nullement impossible - conformément au principe proclamé par M. Pierre Laffite, qui ra si heurem,ement formulé : « La richesse est sociale clans sa source, elle doit êtL-esociale dans sa destination.» En attendant, de même qu'eutre deux maux, il faut choisir le moindre, enfre deux remède , il faut s'arrêter au plus efficace. Le système de la cha1·ité privée etdc la bienfaisance paeticulière est jugé: reste celui de l'assistance publique, qui ne peut être réalisé :;ériem,ement, qu'a la con<lilion de revêtir le caractère obligatoire (2). L'ex_emple de l'Angletel'1·e a mis en é,·idence les quelquc>s inconYénient • tle cc système (3); il a montré, <l'une façon encore plus éclat.ante. combien il était. facile de les atténuer, sinon de les supprimer (4). Sans doute, il y a toujours des pauvres et des vaga- (1) Henri-Cil. MoNOD: Exposé (ait au conseil supérieur de l'assistance publique, dans s~ séance d'ouverttire, le 3 juin 1888. (2) L'insuffisance Je l'as~istance publique non o1>ligatoire. aidée même par b charité, ne saurait êi.re contestée. Voy. le beau travail de M. le D• Chuhi, les Enfants assistés de la Seine, Paris 1887; celui de M. le D• H. Napias, sur les l\!Jaternités, Paria 1888, et ma brochure sur les Hôpitaux de province. (3) D'après la dernière enquête de la Chambre des Lords, il a paru que le système du secours à domicile tendait, dans une certaine mesure, à abaisser le taux des salaires, principalement pour les femmes, qui en recevant ce set·ours, peuvent travailler à plus bas prix. Mais ces faits, d'ailleurs discutables, et essentiellement exceptionnels, ne sauraient aller contre le principe nécessaire de ce mode de secours. Sans doute, comme le disait l'autre jour à Paris, le célèbre socialiste américain Henry George, l'idéal n'esL pas d'assister le pauv1·è, mais bien de le mettre en état de s'assister lui-même; - ce n'est malheureusement pas possible dans l'organisation sociale actuelle. Le secours à domicile, en dépit de ces objections de détail, reste le type idéal de l'assistance publique. Voyez le Rfport (rom the select committe of" the Bouse of Lords Poor Lnw Relief, 1888. Questions 205-8, 593, 12q6, 1832, etc. Voyez aussi pour plus de <létails, les Proceeding of Poor Law Conférence, 1877-87, 10 vol· London. • \4) Entre autres allégations étonnantes, n'a-t-on pas prétendu que le système anglais de l'assistance était la cause du Terrialisme :. tVoy. Baram Zincke, Pauperism and Territorialism, in Forthnightly Review june 1879). 18

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